Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Si nostrum studium ad aures peruenit tuas, et arte fictas animus sentit fabulas,
omnem querellam submouet felicitas.
sin autem rabulis doctus occurrit labor,
sinistra quos in lucem natura extulit,
nec quidquam possunt nisi meliores carpere,
fatale exilium corde durato feram,
donec Fortunam criminis pudeat sui.
Nunc fabularum cur sit inuentum genus
Breui docebo. Seruitus obnoxia,
Quia quae uolebat non audebat dicere,
Affectus proprios in fabellas transtulit
Calumniamque fictis elusit iocis.
Illius porro semitam ego feci uiam;
Excogitaui plura quam reliquerat,
In calamitatem deligens quaedam meain.
Quodsi accusator alius Sejano foret,
Si testis alius, iudex alius denique,
Dignum faterer esse me tantis malis
Nec his dolorem delenirem remediis.
Suspicione si quis errabit sua
Et rapiet ad se quod erit commune omnium,
Stulte nudabit animi conscientiam.
Huic excusatum me uelim nihilominus;
Neque enim notare singulos mens est mihi,
Verum ipsam uitam et mores hominum ostendere.
Rem me professum dicet fors aliquis grauem.
Si Phryx Aesopus potuit, Anacharsis Scythes
Aeternam famam condere ingenio suis,
Ego litteratae qui sum propior Graeciae
Cur somno inerti deseram patriae decus,
Threissa cum gens numeret auctores deos,
Linoque Apollo sit parens, Musa Orpheo,
Qui saxa cantu mouit et domuit feras
Hebrique tenuit impetus dulci mora?
Ergo hinc abesto, Liuor, ne frustra gemas
Cum iam mihi sollemnis dabitur gloria.
Induxi te ad legendum; sincerum mihi
Candore noto reddas iudicium peto.
ÉPILOGUE.
Si mon travail est venu à ta connaissance et que ton
esprit goûte l'art des récits que j'imagine, ce bonheur
m'ôte toute raison de me plaindre. Mais si cette œuvre
littéraire rencontre de ces gens venus au monde dans un
mauvais jour et capables seulement de déchirer ceux qui
valent mieux qu'eux, je supporterai d'un coeur ferme l'exil
que m'inflige le destin, jusqu'à ce que la Fortune rougisse
de ses méfaits.
Maintenant je vais dire en peu de mots pourquoi le genre
de la fable a été inventé. Esclave assujetti à un maître,
Ésope n'osait pas dire ce qu'il voulait; il traduisit donc
ses sentiments personnels dans des fables et déjoua ainsi
les interprétations malveillantes par des badinages où
tout est imaginé.
Et moi, à mon tour, de l'étroit sentier d'Ésope j'ai fait.
une large route. J'ai en effet inventé plus de fables qu'il
n'en avait laissé, choisissant tels et tels sujets pour mon
malheur. Si j'avais eu un autre accusateur, un autre témoin,
un autre juge enfin que Séjan, j'avouerais avoir mérité
une si grande infortune et je ne chercherais pas un
remède à ma douleur dans ce travail. Celui qui, s'égarant
en de vains soupçons, s'appliquera à lui seul ce qui s'adresse
à tous, dévoilera sottement le fond de sa conscience.
Toutefois je voudrais d'avance me justifier à ses yeux:
J'ai en effet l'intention non pas de censurer les individus,
mais de peindre la vie et les caractères humains.
Peut-être dira-t-on que j'annonce là une entreprise
difficile. Mais si le Phrygien Ésope, si le Scythe Anacharsis
ont pu par leur talent donner à leur pays une gloire
immortelle, moi qui tiens de plus près à la Grèce savante,
pourquoi trahirais-je, dans le sommeil et la paresse, l'honneur
de ma patrie? La Thrace met ses écrivains au rang
des dieux; Apollon est le père de Linus, une Muse est la
mère d'Orphée, celui qui, par ses chants, mit les rochers
en mouvement, dompta les bêtes féroces, arrêta le cours
impétueux de l'Hèbre. Arrière donc, pâle Envie, pour
n'avoir pas à gémir en vain le jour où enfin me sera donnée
la gloire qu'on accorde aux poètes.
Je t'ai engagé à me lire; mais je te demande de porter
sur mon livre un jugement sincère et digne de ta franchise bien connue.