Analyses des fables .

Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau.
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La Fontaine a mis a la fin de sa XVe fable, intitulée : La Mort et le Malheureux, une note qui confirme ce fait, sans que Despréaux y soit nommé
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Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants.
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Proverbes.
 " Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre."
Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore : Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée : Petit homme abat grand chêne. Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire, c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
 

 

 

 

Charles Perrault


Les Contes de Charles Perrault
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Les Fées

    II était une fois une veuve qui avait deux filles l'aînée lui ressemblait si fort d'humeur et de visage que, qui la voyait, voyait la mère.
Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses, qu'on ne pouvait vivre avec elles.
La cadette, qui était le vrai portrait de son père pour la douceur et l'honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu'on eût su voir.
Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée et, en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette.
Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.
Il fallait, entre autres choses, que cette pauvre enfant allât, deux fois le jour, puiser de l'eau à une grande demi-lieue du logis, et qu'elle en rapportât plein une grande cruche.
Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui la pria de lui donner à boire.
- Oui-da, ma bonne mère, dit cette belle fille, et rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de l'eau au plus bel endroit de la fontaine et la lui présenta soutenant toujours la cruche, afin qu'elle bût plus aisément.
La bonne femme. ayant bu, lui dit:
- Vous êtes si belle, si bonne et si honnête, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don; car c'était une fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille. Je vous donne pour don, poursuivit la fée, qu'a chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une fleur, ou une pierre précieuse.
Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine.
- Je vous demande pardon, ma mère, dit cette pauvre fille, d'avoir tarde si longtemps; et, en disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux roses, deux perles et deux gros diamants.
- Que vois-je là! dit sa mère tout étonnée; je crois qu'il lui sort de la bouche des perles et des diamants. D'où vient cela, ma fille? (Ce fut là la première fois qu'elle l'appela sa fille.)
La pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce qui était arrivé, non sans jeter une infinité de diamants.
- Vraiment, dit la mère. Il faut que j'y envoie ma fille. Tenez, Fanchon, voyez ce qui sort de la bouche de votre soeur quand elle parle; ne seriez-vous pas bien aise d'avoir le même don? Vous n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la fontaine et, quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien honnêtement.
- Il me ferait beau voir, répondit la brutale, aller à la fontaine.
- Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout à l'heure.
Elle y alla, mais toujours en grondant. Elle prit le plus beau flacon d'argent qui fût dans le logis.
Elle ne fut pas plus tôt arrivée à la fontaine, qu'elle vit sortir du bois une dame magnifiquement vêtue, qui vint lui demander à boire. C'était la même fée qui avait apparu à sa soeur, mais qui avait pris l'air et les habits d'une princesse, pour voir jusqu'où irait la malhonnêteté de cette fille.
- Est-ce que je suis ici venue, lui dit cette brutale orgueilleuse, pour vous donner à boire! Justement j'ai apporté un flacon d'argent tout exprès pour donner à boire à Madame? J'en suis d'avis: buvez à même si vous voulez.
- Vous n'êtes guère honnête, reprit la fée, sans se mettre en colère. Eh bien! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent, ou un crapaud.
D'abord que sa mère l'aperçut, elle lui cria:
- Eh bien! ma fille!
- Eh bien! ma mère! lui répondit la brutale, en jetant deux vipères et deux crapauds.
O ciel, s'écria la mère, que vois-je là? C'est sa soeur qui en est cause: elle me le paiera; et aussitôt elle courut pour la battre. La pauvre enfant s'enfuit et alla se sauver dans la forêt prochaine.
Le fils du roi, qui revenait de la chasse, la rencontra et, la voyant si belle, lui demanda ce qu'elle faisait là toute seule et ce qu'elle avait à pleurer!
- Hélas! Monsieur, c'est ma mère qui m'a chassée du logis. Le fils du roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six perles et autant de diamants, la pria de lui dire d'où cela lui venait. Elle lui conta toute son aventure.
Le fils du roi en devint amoureux; et, considérant qu'un tel don valait mieux que tout ce qu'on pouvait donner en mariage à une autre, l'emmena au palais du roi son père, ou il l'épousa.
Pour sa soeur, elle se fit tant haïr, que sa propre mère la chassa de chez elle; et la malheureuse, après avoir bien couru sans trouver personne qui voulût la recevoir, alla mourir au coin d'un bois.

Commentaires de Collin de Plancy - 1826.

La morale de ce conte a pour but, comme celle de CendrilIon, de consoler les enfans maltraités de leurs parens, et aussi d'encourager les moeurs hospitalières. De vieilles traditions populaires peuvent en être la source. On voit, dans l'ancienne mythologie, sue Latone changea en gre-nouilles des paysans qui refusaient de lui donner à boire. Mille traits de ce genre se présentent chez les peuples modernes. Les Provençaux racontent qu'un pauvre homme demanda un jour un abri à un villageois qui le repoussa : c'était l'ange de l'hospitalité. Saint Julien, dit l'Hospitalier, reçut un mendiant lépreux dans son lit : c'était Jésus-Christ même. Dans beaucoup de contes de fées, on les voit se travestir sous un costume misérable pour éprouver les gens qu'elles veulent connaître.
Ce conte n'a pas été mis souvent sur la scène, et les pâles essais qu'il a inspirés ont eu peu de succès. Les Féest de Dufrésny, 1697, n'ont de commun avec le conte que le titre seulement. On peut dire la même chose des Fées, de Dancourt, 1699. Les Fées, de Romagnési et de Procope,
1736, ne sont autre chose que Riquet à la Houppe, arrangé d'une manière un peu musquée.







 

 

 



 

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