Madame de Villedieu (Marie-Catherine-Hortense).     

Marie-Catherine Desjardins, dite de Villedieu, née à Alençon vers 1640 et morte au manoir de Clinchemore à Saint-Rémy-du-Val le 20 octobre 1683, est une écrivaine française à succès du siècle de Louis XIV.
Madame de Villedieu (Marie-Catherine-Hortense), fille, du prévôt d'Alençon, naquit dans cette ville en 1632. Elle épousa en secondes noces M. de Chatte, et ensuite M. des Jardins. Cette dame a fait plusieurs ouvrages,, tant en vers qu'en prose ; ses poésies fugitives sont ce qu'on estime le plus. Elle est morte en 1683.


La Tourterelle et le Ramier.

Qu'on ne me parle plus d'amour ni de plaisirs,
Disait un jour la triste tourterelle.
Consacrez-vous, mon ame, à d'éternels soupirs :
J'ai perdu mon amant fidelle.
Arbres, ruisseaux, gazons délicieux,
Vous n'avez plus de charmes pour mes yeux :
Mon amant a cessé de vivre !
Qu'attendons-nous, mon cœur?
Hâtons-nous de le suivre :
Comme on l'eût dit, autrefois on l'eût fait.
Quand nos pères voùlaient peindre un amour parfait,
La tourterelle en était le symbole :
Elle suivait toujours son amant au trépas.
Mais la mode change ici-bas
De cette conjoncture frivole.
Le désespoir a perdu son crédit,
Et tourterelle se console,
S'il faut tenir pour vrai ce que ma fable en dit.
Elle prétend que cette désolée,
A sa juste douleur voulant être immolée,
Choisit un vieux palais, vrai séjour des hiboux,
Où, sans chercher aucune nourriture,
Un prompt trépas était son espoir le plus doux.
Mais qui ne sait qu'en toute conjoncture,
La Providence est plus sage que nous?
Dans cette demeure sauvage
Habitait un jeune ramier,
Houpé, patu, de beau plumage,
Et, quoique jeune, vieux routier
Dans l'art de soulager les douleurs du veuvage.
Pour notre tourterelle, il mit courtoisement
Ses plus beaux secrets en usage.
La pauvrette, au commencement,
Loin de prêter l'oreille à son langage,
Ne voulait pas se montrer seulement :
Mais le ramier parlant de défunt son amant,
Insensiblement il l'engage
A recevoir son compliment.
- Ce compriment fut d'une grande force ;
Il disait du défunt toute sorte de bien ,
Ne blâmait la veuve de rien ;
Bref, c'était une douce amorce
Pour attirer un plus long entretien.
Voilà donc la belle affligée
En tendres propos engagée.
Elle tombe sur le discours
De l'histoire de ses amours;
Dépeint, non sans cris et sans larmes,
Du pauvre trépassé les vertus et les charmes ;
Et, ne croyant par-là que flatter sa douleur,
Elle apprit au ramier le chemin de son cœur.
Par ce que le défunt avait fait pour lui plaire,
Il comprit ce qu'il fallait faire.
Il était copiste entendu,
Et sut si dextrement imiter son modèle,
Que dans peu notre tourterelle
Crut retrouver en lui ce qu'elle avait perdu.




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