Le Diamant et le Lapidaire.     

Un Diamant, informe et tout couvert de terre,
Ne pouvait consentir à se laisser tailler;
Et d'abord que le Lapidaire
S'occupait à le travailler :
« Pourquoi, lui disait-il, me mettre à la torture?
On dit souvent que la nature
M'a donné trop de dureté,
Maisvous avez sans doute une âme encor plus dure.
Ah! mettez fin, de grâce, à votre cruauté,
Et tirez-moi de cette roue,
Où je me vois si maltraité.
— Oui, mon ami, dit l'ouvrier, j'avoue
Que je vous traite avec rigueur :
Mais si ma main, trop indulgente,
N'avait soin de polir votre masse brillante,
Vous resteriez toujours sans prix et sans valeur.
Souffrez donc, mon ami, souffrez un peu de gêne ;
faut souffrir, dit-on, pour être beau. »
Le Diamant enfin souffre, bien qu'avec peine,
Et ce n'est point en vain ; car dès que le ciseau
L'a dépouillé de la matière
Qui voilait son front radieux,
Par l'éclat enchanteur de sa vive lumière,
Il frappe, il éblouit les yeux ;
Et ceux qui l'avaient vu naguère
Brut, raboteux, couvert de terre,
Comprennent en voyant ses feux étincelants,
Qu'inutilement la nature
Nous aurait départi les dons les plus brillants,
Si le travail et la culture
Ne faisaient valoir ses présents.

 




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