L'enfant Qui Fait Le Malade.     

Certain jeune écolier l'idole de sa mère,
Et partant un peu volontaire,
Était un jour sorti de l'austère prison
Où le retenait Apollon,
Pour passer au logis un certain jour de fête.
Comme il s'y trouvait mieux que dans sa pension,
Mon lutin se mit dans là tête
De prolonger le temps qu'il devait y rester.
Il fallait un prétexte, il sut bien l'inventer.
Un écolier toujours a maladie en poche.
Il fait donc le malade, et lorsque l'heure approche
Où du logis il faut partir,
Le drôle se met à pâlir,
Il rejette des mets que des yeux il dévore,
» Ah ! quel point de côté ! quelle douleur de dents !
Je n'eu puis plus ! oh ciel! la rate encore!
Ma mère, je succombe aux douleurs que je sens. »
A ces mots il verse des larmes,
Quoiqu'il n'ait d'autre mal que de se bien porter.
Aussitôt la mûre en alarmes
Mande les médecins, les veut tous consulter.
La Faculté paraît. Maint docteur galénique
Entoure le jeune fripon.
La tendre maman leur explique
Son mal, sa situation.
On délibère , on examine,
Chacun fait sa longue oraison;
Et bien que le pouls soit fort bon,
Pour l'honneur de la médecine
On conclut d'une voix à la purgation.
Fut dit, fut fait. On apporte la fiole
Qui renfermait l'insipide boisson.
On la présente à notre drôle :
Il la voit, il la sent; mais à la seule odeur
Il détourne la tête, il crie, il se désole,
Et rejette en pleurant cette amère liqueur.
La mère, au désespoir, l'exhorte , le console ;
Elle fait apporter la boite des bonbons,
Et, pour lui déguiser l'odeur médicinale,
Lui présente biscuits, masse-pains, macarons.
Notre cadet les goûte, ensuite il les avale,
Puis dit qu'il en est soulagé,
Et que plus il en a mangé ,
Moins il est tourmenté par la fièvre cruelle.
La maman, à cette nouvelle ,
Bannit la médecine avec tous ses docteurs.
Fière d'avoir trouvé ce nouvel antidote,
Au poupon elle n'en fait faute,
Et lui fournit force douceurs.
Cependant le lutin s'applaudit de sa ruse,
Se rit de sa maman qu'il trompe et qu'il abuse,
Et, trouvant le remède bon,
Il fait durer la maladie,
Et diffère la guérison.
Mais enfin il fallut finir la comédie.
Le père, vieux routier, non des plus complaisans,
Voit le malade, l'examine,
Et comprend d'abord , à sa mine,
Que, pour déraciner son mal en peu de temps,
Il fallait employer remèdes d'autre espèce,
Et chasser d'abord la paresse.
« Que monsieur parte, et qu'aussitôt
On exige de lui les leçons et le thême ! »
Monsieur part sans dire le mot,
Se contentant de pester en lui-même
De ce qu'on dérangeait son aimable système.
Mais, s'ennuyant bientôt du thême et des leçons,
Et voulant rattraper encor quelques bonbons ,
Il revient à son jeu comique
Et ressuscite la colique.
Mais le papa sévère, au lieu de macarons,
Ne lui fait présenter que de fades bouillons,
Ecarte loin de lui sa trop crédule mère,
Et lui donne en sa place un gouverneur austère.
Pour cette fois le remède opéra.
L'écolier fut bientôt las de la maladie,
Bientôt son ventre murmura.
Ne trouvant plus son compte à cette tromperie ,
Dans moins d'un jour la tête fut guérie ,
La colique se retira ,
Et la mère comprit qu'une rigueur prudente
Guérit les maux du cœur et de l'esprit,
Au lieu que la douceur, toujours trop indulgente,
Les entretient et les aigrit.

 




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