Le Tonnerre et le Nuage.     

Nous habitons tous deux les mêmes régions,
Disait le Tonnerre au Nuage;
Mais t'égaler à moi! quelle audace!
Voyons: De grossières vapeurs tu n'es qu'un assemblage
Toujours errant parmi les airs ;
Le moindre vent te chasse, un rien peut te dissoudre,
Et tu ne fais d'ailleurs qu'obscurcir l'univers.
Moi, j e marche entouré d'éclairs ;
Au loin je puis lancer les éclats de la foudre ;
C'est peu de renverser les pins audacieux
Des monts qui menacent les cieux
Je fais avec fracas crouler la cime altière;
J'ébranle les palais jusqu'en leurs fondements;
J'embrase les cités de mes feux dévorants;
Enfin, dévastateur de la nature entière,
La terreur me devance, et le trépas me suit.
Voilà quels grands effets le Tonnerre produit;
Mais toi...—Moi, répond le Nuage,
Je ne parlerai point avec tant d'étalage :
Je hais l'orgueil; je crains le bruit,
Et sur-tout celui du Tonnerre :
Mais lorsqu'un vent léger m'abaisse vers la terre,
Je vois le laboureur en rendre grâce aux dieux;
Ma rosée a bientôt fécondé ses campagnes;
Abondance et joie, en tous lieux,
Voilà mes deux seules compagnes.
Encore un mot, seigneur, et je ne dis plus rien :
Quand on est placé haut, c'est pour faire le bien.

Fables et poésies nouvelles (1865)




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