La succession du Lion.     

Sultan Lion mourut sans iaisser d'heritiers.
La nouvelle étant repandue,
On depute, on accourt, et la diete est tenue;
Les prétendants au trône arrivent par milliers.
Certain loup sur les rangs figure des premiers.
Quoi! cette bete déloyale
Ose aspirer au nom de majesté royale?
Sans doute; et pourquoi done s'étonner de cela,
Quand nous avons taut vu de ces majestés-là?
Sur une secrete cabale
Messer loup fondait son espoir;
C'est le ressort qu'il fait mouvoir.
Un renard, le fleau des campagnes voisines,
Grand partisan du loup, son confrere en rapines,
S'en déclare le digne appui.
Sycophante adroit, il le prône,
Lui forge des titres au trône ;
Dit qu'il est un phénix, qu'il réunit en lui
Courage, esprit, bonté, clémence,
Justice enfin. Louer ces vertus dans un loup,
C'était exagérer beaucoup.
Aussi, qu'en pensa l'assistance?
Qu'un scélérat vantait un autre scélérat.
Le loup fut rayé de la liste :
On se rit du héros et du panégyriste.
Avis à tout homme d'état !
En certaine occurrence, au renard de la fable
Il est plus d'un renard semblable,
Il est plus d'un loup candidat.

Fables et poésies nouvelles (1865)




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