Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Un petit écureuil, bien vif, bien sémillant,
Avait son nid sur un vieux hêtre ;
Vivant heureux, libre et content,
Dans le bois qui l'avait vu naître.
Au milieu de ce bois, une ferme, un verger,
Un magnifique potager,
Lui fournissaient en abondance
Des fruits à savourer et des noix à ronger.
C'était assez pour lui, car dès sa tendre enfance,
Ses parents, par nécessité,
Ou peut-être par prévoyance,
Avaient formé ses goûts à la sobriété.
Rien n'était si doux que sa vie...
Liberté tout entière, et plaisirs innocents,
N'est-ce pas de quoi faire envie ?
Il était le premier, au retour du printemps
A voir la forêt embellie
De jeunes fleurs et de bourgeons naissants ;
Aucun souci, dans sa retraite,
Ne venait troubler son sommeil ;
Et le matin, à son réveil,
Il allait faire sa toilette
Aux premiers rayons du soleil,
Se peignait, s'arrangeait, se redressait l'oreille,
De sa queue en panache il ombrageait son dos,
Et se réchauffait en repos,
Sans crainte pour demain, sans regret pour la veille ;
C'était charmant. Voilà qu'un beau matin,
Le museau propre, et les pattes bien nettes,
Notre écureuil, allant à la chasse aux noisettes,
Trouve un gros rat sur son chemin.
Il salue avec politesse ;
Le rat l'accoste, et veut nouer un entretien :
" Mon cher enfant, dit-il, sans que cela paraisse,
" D'être utile j'ai le moyen.
" Votre figure m'intéresse,
" Et je serais charmé de tous faire du bien,
" Que cherchez-vous ici ? parlez avec franchise,
" Je suis tout prêt à vous servir ;
" Voulez-vous que je vous conduise
" Où vous trouverez à choisir
" Sucre, biscuits, gâteaux, fromage de Hollande,
" Pour vous régaler à loisir ?"
" —Monsieur, dit l'écureuil, une petite amande
" Est tout ce qu'il me faut pour mon simple repas ;
" Je vous suis obligé, mais je ne connais pas
" Les mets dont vous parlez."— " Vous plaisantez, je pense ;
" Le sucre vous est inconnu ?"
" —Vraiment oui."—
" Se peut-il ? vous n'avez pas vécu,
" Mon cher, vous ignorez ce que la providence
" A fait pour nous
" De plus doux.
" Et les biscuits, et le fromage ?"
" —Moi, je ne les connais, monsieur, pas davantage.
" —Ah ! pauvre enfant, que je vous plains !
" Suivez-moi dans cette chaumière,
" C'est là que vous verrez." —" Oh ! non, monsieur, je crains
" De désobéir à mon père,
" Il m'a bien souvent défendu
" D'entrer dans la maison des hommes ;
" Ils sont nos ennemis de tous, tant que nous sommes ;
" Fuis-les bien, m'a-t-il dit, ou tu serais perdu !"
" —Votre père a voulu vous effrayer sans doute,
" Reprit le rat ; mais voyez, moi,
" J'y vais sans cesse, et par ma foi
" Je n'y vois rien que je redoute.
" Vous croyez ?—je vous jure.—Eh bien donc, je vous suis.
" L'écureuil, en tremblant, trotte jusqu'à l'office ;
Le sucre lui parut exquis.
Le rat riait avec malice :
" A présent, dit-il, mon cher fils,
" Goûte à ce morceau de fromage !
" L'écureuil mord ... Soudain avec un grand tapage
Un trébuchet tombe, il est pris !
Le rat se sauve ; on vient, on met dans une cage
Le pauvre écureuil confondu...
Il pleure, il se désole, et dit en son langage :
" Adieu, nid paternel, liberté, frais ombrage !
" Un mauvais conseil m'a perdu !"