Vainqueurs des Aquilons et des fongueux Autans,
Des chênes respectés des temps
Etaient l'orgueil de la nature ;
Ils protégeaient les champs et la verdure,
Quand on vit tout-à-coup d'insectes malfaisant
S'élever un épais nuage :
Des Chenilles au doux printemps
Dévorent leur tendre feuillage.
Soudain Flore et Zéphir désertent ce séjour,
Plus de fleurs, hélas ! plus d'amour:
Les Silvains , les jeunes Dryades
Ne viennent plus au son des flageolets,
Danser sous les ombrages frais;
On voit les timides Naïades ,
En proie aux satyres brûlans :
Vous allez donc tomber, protecteurs bien faisans !
Vous penchez votre front auguste ;
A vos pieds nous voyons déjà périr l'arbuste,
Les dieux ont déserte nos bois;
Des oracles sacrés on n'entend plus la voix :
Des insectes rampans, du sein de la poussière,
S'élevait à l'envi sur votre cime altière,
Insultent à nos maux. Fuyons... du haut des cieux
Quelle divinité m'apparaît en ces lieux ?
Tout renaît à sa voix : ô consolant prodige !
Par ses soins, on la voit ranimer chaque tige,
Purger l'air et frapper ces essaims odieux.
Arbres sacrés , pour vous le printemps va renaîtra ,
Le bonheur exilé pour nous va reparaître.
Tel on vit, ô patrie! un dévorant essaim,
De la fange sorti, te déchirer le sein ;
Le ciel l'a dissipé, taris enfin tes larmes ;
Sous ton Roi tu renais, tu reprendras tes charmes,
L'horizon épuré t'assure un jour serein.
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse. |
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