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Madame A. Joliveau, née Gehier.

Le procès d'Esope. Prologue.

Un rat, amateur de science,
Retournait nuit et jour en paix
Une bibliothèque immense ,
Lieu peu fréquenté d'un palais.
Comme il faisait le diable à quatre,
Dévorant tout livre à son gré ,
Doré sur tranche ou non doré ,
Sur un Esope il vint s'ébattre ;
De plaisir il fut enivré.
Tel qu'un docteur, patte étendue ,
Sur les fables qu'il feuilletait,
Sa dent pénètre et s'évertue.
Sur les animaux il pensait
Qu'a bon droit tombait la critique ;
Pour ce qui concernait les rats,
Ce devint tout un autre cas.
— Qui, nous voleurs ? le satirique !
Il court, il sonne le tocsin,
Contre Esope assemble soudain.
Les Viles des bois , des prairies,
Qui citent par devant Jupin
Notre faiseur d'allégories.
Celui qui voit d'un œil égal
La chaumière et le toit royal,
Qui rend une égale justice
Aux faibles ainsi qu'aux héros ,
Aux humains comme aus animaux,
Leur tendit sa main protectrice.
Le lion encor teint de sang,
Secouant sa longue crinière,
L'œil ardent, la démarche altière ,
Et trois fois se battant le flanc ,
Au dieu parle en celle manière :
— Des animaux tu me fis roi ,
Tu m'as confié ta puissance;
Tu souffres qu'Esope m'offense,
Moi, l'exécuteur de ta loi ?
Sans raison j'ôterais la vie
Aux vils troupeaux de la prairie !
Je m'en rapporte au tigre , à l'ours;
Ne suis-je pas juste ?
— Toujours, Toujours , dit la gent carnassière ,
Thémis fait ta règle première ;
Qui t'accuse est mal avisé.
—Eh ! ne suis-je pas sa victime ?
Cria le loup : est-il un crime
Qu'Esope ne m'ait supposé ?
Moi, qui vis en anachorète !...
Renard s'avance, et d'un ton doux ?
—Jupiter ma bouche est muette,
Quand je puis montrer dn courroux;
Je suis fourbe, j'ai tous les vices ,
Moi qui suis simple et sans malices !
Qui toujours conseille et défends
Les opprimés et les abssens !
L'oeil mobile , agitant sa tête,
Vint la Pierrette en minaudant :
— Et moi, moi qui suis chaste , honnête ?
Si vous en croyez ce méchant,
Il se permet. . . je n'ose dire. . ;
Je crains de blesser la pudeur.
— Il verse sur moi la satire,
Dit l'âne avec le ton railleur ;
Tout mon savoir est inutile.
Pour ma voix , comme il m'a cité !
Moi, son ami, qui l'ai porté
Par la campagne et par la ville ;
Il rit de ma simplicité.
—Jupiter, entends ma défense,
Dit Esope , et devant ta cour,
Fais à l'instant qu'en ta présence
Chacun d'eux paraisse à son tour.
Il y consent, l'âne seul reste.
Esope, avec un air modeste ,
Elevant par degré le ton,
Lui demande humblement pardon.
— Qui désormais peut mettre en doute
Ton talent, ta superbe voix ?
Philomèle au chant n'entend goutte ,
Toi seul en peux dicter les lois.
Au mors plus qu'un coursier, docile
Tu te montres bien plus agile;
Mais dis , n'avais-jc pas raison
De nommer cruel un lion ?
— Ici je dois être sincère,
Répondit l'âne avec candeur :
Oui, cet animal sanguinaire
Dans les bois sème la terreur :
Hier il arracha la rie
A certain ânon mon parent.
— Va, dit Esope en souriant,
J'écrirai ton apologie.
Tiens, cher renard , de calomnie
Je veux m'accuser aujourd'hui ;
Ta simple et crédule innocence,
Ton amour pour le bien d'autrui
Ont éclairé mon ignorance.
Des poulaillers sois donc l'appui,
Mais de toi j'attends un service :
Peignant l'âne, sot, entêté,
Ne l'ai-je point trop maltraité ?
— Non, c'était lui rendre justice.
La Pierrette se plaint de moi,
En ai-je trop dit ?
— Non, ma foi! Elle a plus de coquetterie...
Je m'en vais tous dire sa vie ;
— Il suffit, je te remercie.
Jupiter fronçant les sourcils :
—Vous avez, tous, à mon avis,
Imité l'homme en cette affaire :
Que l'on flatte chacun de vous,
Il dénigrera son confrère.
Contre Esope plus de courroux ;
Craignez ma justice sévère.
Il dit, agite son tonnerre,
Et l'effroi les disperse tous.

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