Le Boeuf devenu vieux.  

A

u soc laborieux enchaîne trop long-temps,
Un Boeuf avait atteint les limites de l'âge.
Succombant sous le poids du travail et des ans ,
Il ne lui restait plus ni force ni courage.
En vain l'indiscret aiguillon,
Lui pressant les flancs dès l'aurore,
Voulait-il l'exciter encore
A tracer dans la plaine un pénible sillon ;
Le malheureux, touchant au terme de la vie
S'arrêtait, accusant la vieillesse ennemie.
Qu'arrive-t-il ? Voyant ses efforts superflus,
Et que le Bœuf avait tous les membres perclus,
Le fermier l'affranchit de son rude esclavage ,
Et, libre, le conduit dans un gras pâturage.
Là, chaque jour rajeunissant,
Au sein d'une heureuse abondance,
De ses travaux passes le Bœuf reconnaissant,
Croit recevoir la récompense.
Bientôt il redevient gras, poli , florissant.
Plein du sentiment qui l'inspire ,
Il converse avec les échos,
Et, comme le berger Tityre ,
Il est toujours prêt à leur dire :
Un Dieu m'a fait ce doux repos.
Oh ! qu'il connaissait peu l'injustice de l'homme !
Et que de son destin il se louait à tort!
Victime dès long-temps dévouée à la mort,
Un matin on le vend, et le boucher l'assomme.
Fortune , aux malheureux tes subites faveurs
Cachent quelquefois un abîme.
Souvent, pour l'immoler, tu pares la victime;
Et je crains tes bienfaits autant que tes rigueurs.

 




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