La Bougie et la Lanterne.  

E

troitement logée au sein d'une Lanterne,
La Bougie, en brûlant, se plaignait de son sort;
Elle disait tout bas : « Ma vie est une mort ;
Je ne répands d'ici qu'une lumière terne.
Qu'ai-je fait au destin pour me voir enfermer,
Moi qui pourrais au loin briller aux yeux du monde ?
Hélas ! dans ma prison profonde
La douleur va me consumer. »
La Lanterne, à ces mots, parlant le vieux langage
Dont le Pot de fer usa
Quand jadis il proposa
Au Pot de terre un voyage,
Répond à la Bougie : «Imprudente! osez-vous
Faire ouïr un pareil murmure ?
Entendez-vous siffler tous les vents en courroux?
N'est-ce pas ma'prison obscure
Qui vous met à l'abri de leur cruelle injure ?
Vous goûtez sous mon humble toit
Une sécurité parfaite.
Vous êtes logée à l'étroit,
Mais vous défiez la tempête. »
Heureux celui qui peut, quand on entend au loin
Gronder les tempêtes publiques,
Vivre obscur dans son petit coin,
Sous la protection de ses dieux domestiques !

 




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