L'Ecureuil de Barbarie.  

D

ans le bois qui l'avait Vu naître ,
Et qu'il n'avait jamais quitté,
Un petit Écureuil , vif et plein de gaité,
Était heureux autant qu'un écureuil peut l'être.
Il vivait isolé: qu'importe? Le bonheur,
De préférence, habite un réduit solitaire ;
Et, quand on a la paix ,la douce paix du coeur,
Un désert même sait nous plaire.
Mou joli petit anima]
Avait tout a souhait. Il occupait l'enceinte
D'un beau bois de palmiers , verdoyant labyrinthe,
Où , tout le long du jour ,voltigeur sans égal,
De la datte sucrée il faisait son régal. C
e bois était pour lui le pays de Cocagne.
Qui l'eût dit cependant ? Devenu soucieux ,
Un matin il soupire : un sombre ennui le gagne.
Il était bien ; il croit qu'il pourrait être mieux.
Du sommet des palmiers , ses regards curieux
Apercevaient une montagne
Dont la tête semblait se perdre dans les cieux.
C'était le mont Atlas. Avec un œil d'envie
L'Écureuil le lorgnait. Ah ! se dit-il enfin,
Si là-haut je pouvais aller passer la vie ,
Que je bénirais mon destin !
Ce mont soutient le ciel. Le Dieu de la lumière,
Sans doute, a pour palais choisi sa cime altière ;
Car je le vois de là se lever chaque jour
Pour recommencer sa carrière.
Essayons d'arriver dans son brillant séjour.
Je grimpe avec plaisir. Dans les bois d'alentour ,
Mes pareils à grimper passent leur vie entière ;
Je ne risque donc pas de rester en arrière.
Il dit, et guidé par l'orgueil,
Il laisse loin de lui le lieu de sa naissance.
Contre l'orgueil , hélas ! si l'homme est sans défense ;
Comment s'en défendrait le coeur d'un Écureuil ?
Celui-ci gravissait la montagne escarpée,
Et, de rêves charmans l'âme préoccupée,
Voyait, à chaque pas s'agrandir l'horizon,
Quand il arrive enfin sur des rochers sauvages,
Lieux affreux, lieux déserts, noir séjour des orages,
Où luttent en sifflant Borée et l'Aquilon.
Plus de rians palmiers, plus de terres fertiles,
Plus de zéphir, plus de chaleur.
Notre infortuné voyageur
Sent déjà que ses pieds deviennent moins agiles.
Oh ! oh ! la neige tombe , et je n'ai point d'abri,
Dit-il : allons-nous-en , si je le puis encore ;
De mon ambition me voilà bien guéri.
C'est de loin qu'il faut voir le palais de l'aurore.
Le berceau du soleil est voué de frimas.
Tout en disant ces mots, il détourne ses pas
De cette terre désolée.
Sa queue en étendard ne se déployait pas ;
Mais, l'ayant sur sa tête en ombelle étalée.
Il descend comme un trait des rochers de l'Atlas,
Et revient habiter sa paisible vallée.
Dans la région des grandeurs
Quiconque veut monter , au repentir s'expose ;
Il y souffle en tout temps, comme sur les hauteurs
Un certain vent glacé qui refroidit les cœurs.
Messieurs les courtisans en savent quelque chose.

 




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