Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Un ruisseau, frais enfant d'une source cachée,
Promenait sur les fleurs son humide cristal :
L'herbe au pied du miroir n'était jamais penchée ;
Il y versait la vie à flot toujours égal.
Harmonieux passant, son mobile murmure
Enchantait la Nature ;
Un doux frémissement, quand de ses molles eaux
Il mouillait les roseaux,
Avertissait au loin quelque nymphe altérée
Qu'un filet d'eau roulait sous les saules tremblans;
Et la bergère, au soir, dans la glace épurée,
Venait baigner ses pieds brûlans.
Un derviche dormeur, au fond de sa cellule,
Oubliant que sa soif y puise du secours-,
Las d'entendre le bruit de l'onde qui circule,
Pour prier ou dormir, veut en briser le cours :
Mais du ruisseau la pente est à jamais triacée ;
De la rive, où sa voix s'élève cadencée,
Rien ne peut détourner son tendre attachement.
Le dévot s'en irrite, il gronde, et lourdement
Au milieu du cristal jette une pierre énorme,
Criant: « Silence enfin ! Il est temps que je dorme ! »
Innocemment rebelle, arrêtée en courant,
L'onde à son tour s'offense, et vive, peu dormeuse,
Elle se change en cascade écumeuse,
Qui semble menacer de devenir torrent.
Le derviche effrayé se recule, s'agite
Etourdi du fracas que lui-même a causé;
Pour ses rêves pieux il cherche un autre gîte,
Regrettant son jardin sans fatigue arrosé.
Accablé de chaleur, il s'assied sur la route;
De son front irrité l'eau tombe goutte à goûte :
« Maudit ruisseau ! dit-il, me résister! frémir!
Murmurer quand je parle ! ah ! je sais des entraves
Qui rendront avant peu tes libertés esclaves! »
Et, rafraîchi d'espoir, il se met à dormir.
Mais, tandis qu'à plein cœur le derviche sommeille,
L'oiseau dans le buisson, la vigilante abeille,
Le vent qui fait tourner la feuille du bouleau,
Tout imite une voix soufflant à son oreille :
«Dormez en paix, mon père, et laissez couler l'eau. »