L'Hirondelle et le Rossignol.    

Prête à s'élancer, joyeuse,
Aux libres plaines des cieux,
L'hirondelle voyageuse
A la saison pluvieuse
Jetait un long cri d'adieu.
Sous un chêne solitaire,
Elle entend le rossignol,
Sa voix lui fut toujours chère ;
Et la jeune passagère
Elle recueille, attentive,
L'accent qui cherche le cœur ;
Mais ce chant qui la captive,
Dans sa mesure moins vive,
N'exprime plus le bonheur.
" A quoi rêvez-vous, dit-elle,
Les zéphirs sont au beau temps ;
Sur la rive maternelle
Le doux printemps vous appelle
N'aimez-vous plus le printemps ?
" —Sauvez-vous, pauvre petite,
Sans me demander pourquoi
J'ai choisi ce sombre gîte :
L'oiseleur, qu'en vain j'évite,
Vous l'apprendrait mieux que moi."
Alors, autour du grand chêne,
Elle entrevoit des réseaux.
Gémissante, et hors d'haleine,
Elle veut briser la chaîne
Du roi des petits oiseaux.
" Vous n'êtes pas assez forte,
Dit-il, mais consolez-vous,
Du monde il faut que tout sorte :
Dieu n'y plaça qu'une porte,
Et la mort l'ouvre pour tous.
" Si votre pitié naïve
Ne cramt pas de nouveaux pleurs,
Cherchez, au bord de la rive,
Une feuille fugitive
Où sont gravés mes malheurs."
Ecoute, et suspend son vol.
Sous l'ombre mystérieuse
La feuille alors murmura ;
Et, longtemps silencieuse,
Plus triste que curieuse,
L'hirondelle soupira.
" Adieu donc, s'écria-t-elle,
Puisqu'il faut partir sans vous !
Puisse une feuille nouvelle,
Quelque jour à l'hirondelle .
Révéler un sort plus doux !"

Les fables de Marceline DESBORDES-VALMORE :
L'Hirondelle et le Rossignol.
Le Derviche et le Ruisseau.
Le Papillon malade.




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