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Anatole de Ségur.

Les Enfants et le Vent.

Deux enfants sortaient de leur chaumine,
En soufflant dans leurs petits doigts.
Ils allaient glaner le vieux bois
Tombé dans la forêt voisine.
Décembre sévissait : le froid était piquant :
Frère et sœur avançaient sautant,
Et pour se réchauffer couraient à perdre haleine.
Voilà qu'ils rencontrent le vent ;
Il cheminait tranquillement
De la plaine aux grands bois et des bois à la plaine :
"Ami, lui dirent-ils, grimpe au haut de ce chêne ;
Brise, détache et jette en bas
Tous ces rameaux séchés que nous n'atteignons pas."
Le vent, leur soufflant à l'oreille
Dit : « Soit, et je ferai merveille;
Mais vous, après votre moisson,
Il faudra m'ouvrir la maison.
Il fait froid, la neige est prochaine,
Et je veus , pour prix de ma peine,
Enfants, me reposer un peu
Chez vous, à côté d'un bon feu.
— Cher vent, mets-toi vite à l'ouvrage,
Nous t'ouvrirons, et de grand cœur ! »
Crièrent le frère et la sœur.
Le vent, tout aussitôt, de souffler avec rage,
Cassant, brisant, faisant un abatis 1
De bois mort, de bois vert, d'arbres grands et petits.
Jamais les vieux sapins, doyens du voisinage2,
N'avaient ouï pareil tapage.
Les enfants étonnés, ravis,
Ramassent tout ce bois, retournent au logis ;
Cependant que3 le vent, à travers la campagne,
Sûr d'arriver aussitôt qu'eux,
Pôle de ci, de là, s'oublie en mille jeux,
Et de bien loin les accompagne.
Il folâtra tant et si bien,
qu'il trouve en arrivant la porte déjà, closa.
L'oubli, le froid en étaient cause.
Il frappe, on ne lui répond rien.
Il gémit, il gronde, il soupire,
Et les ingrats enfants de rire :
« Mon pauvre vent, retourne à tes forêts;
Ici, tu nous refroidirais. »
C'en est trop, et malgré son humeur débonnaire,
Le vent se gonfle de colère,
Je jette sur le toit qui crie et n'en peut mais 4,
Et rugit comme le tonnerre,
tandis que les enfants, effrayés et sans voix,
Blottis à côté de leur mère,
Ecoutaient et se tenaient cois.
Ce n'est pas tout : en vain dans l'âtre,
Ils jettent le bois à pleins bras.
Malgré leur souffle opiniâtre,
Le vent souffle plus fort et le feu ne prend pas.
« Que se passe-t-i) donc dans cette cheminée?
Ce bois est pourtant sec, dit la mère étonnée.
Et vous, petits enfants, d'où vient cet embaras?
Où donc est votre babillage?
Pourquoi cache-t-on son visage?
Qu'on me regarde : eh quoi! l'on rougit? l'on se tait?
Q'avez-vous fait, enfants? Enfants, qu'avez-vous fait?
« C'est ma sœur, » dit le fils. La sœur dit : « C'est mon frère, "
Puis, tous deux à la fois : « Ne nous grondez pas, mère. »
Et les voilà, d'une tremblante voix,
Contant leur rencontre du bois,
Et la promesse faite et qu'ils n'ont pas tenue5.
(( C'est mal, enfants, c'est mal, reprit la mère émue :
L'homme, sachez-le bien, est digne do mépris,
Qui manque6 à ce qu'il a promis.
Mais vite, réparez la faute :
Ouvrez porte et fenêtre, et recevez votre hôte. »
Aussitôt dit que fait. Maître vent, sans façon,
Entre tout droit dans la maison,
Souffle sur le fagot, dissipe la fumée,
Et voilà la flamme allumée.
Alors, auprès du feu qui pétille avec bruit,
Il s'étend, se chauffe à son aise,
Passe et repasse sur la braise;
Puis, comme il est venu, rapidement s'enfuit;
Car il ne peut rester longtemps en même place :
Au vent il faut l'espace.
« Il est parti, ne craignez plus,
Dit la mère embrassant les deux enfants confus.
Pour cette fois je voua pardonne;
Mais ne trompez jamais personne.

C'est chose sainte qu'un serinent,
Même quand on l'a fait au vent. »

Commentaires sur la fable par l'Abbé O. Meurisse.

1 abatis de bois, amas de bols brisé, abattu.
2 Doyens du voisinage, les plus vieux, les plus anciens du voisinage.
3 Cependant que, tandis que, vieille expression qui ne manque pas de charme et que nous avons rencontrée dans la fable de La Fontaine : Le Chêne et le Roseau.
4 Qui n'en peut mais. (Voir la note 7 de la fable VI du livre II de La Fontaine.)
5 Délicieux tableau, plein de naturel et de vérité et peint avec ane grande facilité de pinceau.
6 Qui manque. On voit que le pronom doit parfois être séparé de son antécédent (Ragon, Gr. fr, § 731).

  Des fabulistes et des conteurs :

 
  Jean-Pierre Claris de Florian :   Jean-Pierre Claris de Florian est né à Florian près de Sauve, dans les Cévennes, le 6 mars 1755, perd sa mère très jeune, probablement à l'âge de deux ans.
     Familier du château de Sceaux et protégé de Voltaire (son oncle). Lauréat de l'Académie, le 6 mars 1788, Florian atteignit le sommet de sa gloire en y entrant , remplaçant le cardinal de Luynes.
     Banni de Paris pendant la Révolution, il fut emprisonné sous la Terreur. Il échappera à la guillotine lors de la chute de Robespierre, puis relaché au 9 thermidor ; Un an après il mourut des souffrances endurées pendant son emprisonnement, il avait alors 39 ans.
     Florian a écrit, entre-autres plusieurs fables, preque aussi belles que celles de La Fontaine, des pièces de théâtre ainsi qu' une traduction de Cervantès.
   Malade, Florian meurt à Sceaux, le 13 septembre 1794 .

  Etienne Fumars :
Etienne Fumars, fabuliste français, né près de Marseille, le 22 Octobre 1743, décédé en 1806 à Copenhague. Professeur des belles-lettres françaises à l'Université de Kiel de cette ville. Auteur de fables et de poésies diverses

   Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES :      Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES , dame), femme poète, née à Douai, en 1787 , fut d'abord cantatrice (1806 à 1817) en province et à l'Opéra-Comique.
Devenue auteur, elle a écrit : Élégies et romances (1818), Poésies (1829), les Pleurs (1833), Pauvres fleurs! (1839), Contes en vers (1840), Bouquets et prières (1843). Elle a en outre publié quelques romans et volumes de prose. —Mme Desbordes-Valmore est morte le 23 juillet.
    Marie-Catherine Le Jumel de Barneville : ... est née en 1650 à Barneville. La comtesse d'Aulnoy est l'auteur des contes de fées, contes très agréables. Elle est la fille de Jumel de Barneville. Mariée à contre-coeur à François de la Mothe, comte d'Aulnoy suite à un arangement de famille , elle aura cinq enfants avec lui.
   Son mari, le comte d'Aulnoy fut accusé de lèze-majesté, enfermé et menacé de perdre la tête, avant qu'un de ses trois accusateurs , pris de remords, n'avoua la calomnie. Madame d'Aulnoy doit se réfugier en Angleterre pour fuir la justice. Elle revient en France en 1685 suite au pardon du roi Louis XIV.
   La comtesse était une belle femme avec beaucoup d'esprit, et une grande éloquence. Elle était la nièce de la célèbre madame Desloges et la mère de madame de Héere.....
 
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