Quand la raison et la nature,
Dans une tète sont d'accord,
L'homme peut aisément par une route sûre
Arriver à bon port.
* le Singe et le Chat.
Il est bon de voir avec qui l'on s'allie.
* le Vautour et le Renard.
Jamais
L'oison avec profit à l'aigle ne s'allie.
* le Mari et ses deux Femmes.
Qui veut trop s'élever trouve qui le terrasse.
* le Myrte devenu sapin.
On voit, dans le siècle où nous sommes,
Moins de vrais amis que de faux.
* la Fourmi et le Ramier.
Parmi tant d'ingrats quelquefois il s'en trouve
De la pâte qu'il faut pour faire des amis,
Et c'est au besoin qu'on éprouve
S'ils tiennent ce qu'ils ont promis.
* la Fourmi et le Ramier.
Tel que pour ami l'on suppose
Montre dans le besoin qu'il ne l'est nullement.
* le Renard et le Buisson.
Qu'on trouve peu d'amis fidèles!
Que peu sont marqués au bon coin!
Combien saignent du nez dans le moindre besoin,
Qui tous les jours vous font cent promesses nouvelles!
* le Sanglier et le Buisson.
Tout amour est mêlé de caprice.
* la Guenon et son Magot.
Tel paraît honnête homme aux yeux
Qui dans le fond est autre chose.
* le Paon et l'Ibis.
O vous qu'avait trompés une fausse apparence,
Dès que vous découvrez un esprit vicieux,
Rompez-en vite avec prudence
Le commerce contagieux.
* le Paon et l'Ibis.
L'homme à bien discerner n'est pas toujours habile,
Et l'apparence le séduit,
Il méprise souvent ce qui serait utile,
Pour s'attacher à ce qui nuit.
* le Cerf qui loue ses bois.
Dans ses désirs l'homme ébloui
Voudrait bien s'élever, s'enrichir et paraître;
Mais il se rend esclave en cherchant de l'appui.
* l'Ecuyer et le Cheval.
Souvent une fin honteuse
Attend au dernier pas le superbe arrogant.
* les Rats.
Si l'art et le travail n'aidaient pas la nature,
On verrait fort souvent les champs les plus féconds,
Ne pousser, faute de culture,
Que des ronces et des chardons.
* les Corbeaux et les Aiglons.
Prévenez la funeste attache
Qui tient de jour en jour le coeur plus enchaîné.
* le Lin, les Oiseaux et la Pie.
Fuyez comme un dangereux vice,
Et la fureur prodigue, et la basse avarice,
L'ignorance et le vain orgueil:
Chacun de ces défauts couvre un homme de honte.
* les Rats.
Le prodigue comme l'avare
Abuse de ses biens, et s'en fait de vrais maux.
* le Singe et le Chat.
Le bien pour l'avare est un mal,
Et tôt ou tard enfin, c'est le bien qui le tue.
* les Rats,
Souvent par trop d'avidité
On perd le bien que l'on possède,
Loin d'obtenir celui que l'on a souhaité.
* l'Oie qui pond un oeuf d'or.
C'est bien fait de tâcher à grossir sa finance,
Mais quand on s'abandonne à trop d'avidité
On se voit par impatience
Dans l'abîme précipité.
* l'Oie qui pond un oeuf d'or.
Au barreau l'on serait maladroit
Si l'on n'y savait pas, suivant qu'on se rencontre,
Soutenir le pour et le contre.
* le Pitaut et le Bouquin.
L'on cherche bien moins la beauté que l'éclat.
* le Miroir.
Belle tête souvent n'est qu'une belle image.
* le Loup et la Tête de bois.
Fille en état de subir l'hyménée,
A qui s'offre un parti qu'elle n'accepte pas,
Doit songer que chaque journée
Dérobe quelque trait à ses jeunes appas.
* le Pêcheur et le petit Poisson.
Jamais il ne faut compter
Pour ses besoins pressans sur la bourse d'un autre.
* la Cigale et la Fourmi.
Qui fait bien trouve bien
* le Lion et le Rat.
Un bienfait est toujours utile.
* le Lion et le Rat.
Tôt ou tard un bienfait produit sa récompense.
* le Lion et le Rat.
Le bienfait se perd plus souvent chez les hommes
Que chez les animaux.
* la Fourmi et le Ramier.
Quand de boire on est trop avide
On se suffoque au lieu de se désaltérer.
* la Mouche et la Marmite.
Quel cuisant déplaisir! quelle source de larmes!
Quand par une sotte bonté
On prête soi-même les armes
Dont on se voit persécuté!
* la Forêt et le Bûcheron.
Il faut avec prudence écrire et se borner.
* le Baudet et le petit Chien.
Le faux brave sans cesse, et partout vous accable
De l'odieux roman de ses exploits gascons,
Mais la bravoure véritable
Laisse parler ses actions.
* le Loup et le Bouc.
Ce qui brille au-dessus on le veut étaler.
* le Boeuf et la Grenouille.
Ce qui brille au-dessus on le veut étaler.
* le Boeuf et la Grenouille.
Frappe sur des tonneaux, tu verras le plus vide
Faire toujours le plus de bruit.
* le Loup et le Bouc.
Un homme cache en vain ce qu'il est en secret.
* l'Ane et la peau du Lion.
La plus petite chaîne est toujours importune.
* le Chien maigre et le Chien gras.
On peut bien changer de figure, Mais non pas de nature.
* la Chatte femme.
Tendre aux nécessiteux une main bienfaisante,
Les nourrir dans leur faim, les vêtir s'ils sont nus,
C'est une charité louable;
Mais à fainéant ou fripon
Ouvrir une main secourable,
C'est ce que défend la raison.
* le Renard et le Singe.
Un charlatan qui nous amuse
Par mille contes supposés
A toujours en poche une excuse
Pour s'échapper aux yeux des dupes abusés.
* Bertrand d'Apt.
Les grandeurs, les plaisirs ne sont que des chimères.
* le Renard et le Loup.
Ne prends pas pour de l'or tout le clinquant qui luit.
* le Loup et le Bouc.
Il est de certains coeurs qui, comme le tambour,
Ne nous rendent aucun service, S'ils ne sont battus nuit et jour.
* l'Idole brisée.
Ce n'est que par la complaisance
Qu'on se fait et qu'on garde au monde des amis:
Et comme toujours l'homme a pente à l'inconstance,
Près de lui l'indiscret qui se croit tout permis
Lasse bientôt sa patience.
* les Animaux favoris.
Sondez bien un coeur avant que d'y compter.
* le Sanglier et le Buisson.
Apprenez à jamais ne prendre confiance
Aux secours que vous ont promis
De faux et traîtres amis.
* le Sanglier et le Buisson.
Heureux le mortel qui, d'une ame tranquille,
Vit de son propre état content jusqu'à la mort.
* l'Ane mécontent.
La seule volonté libre peut engager,
Et jamais la contrainte.
* le Cerf et la Brebis.
Heureux, cent fois heureux, celui
A qui sa mauvaise fortune
Ne fait pas convoiter la richesse d'autrui.
* le Bûcheron et Mercure.
Ce n'est pas la couleur qui fait la bonne étoffe.
* le Singe habillé.
À la cour on n'est point avare de paroles,
Mais êtes-vous tombés, vous vous flattez en vain
Que pour vous relever on vous tendra la main.
* le Loup et le Renard.
Au fil du courant qui l'entraîne,
L'homme en nageant se laisse aisément emporter;
Mais à force de bras, quand il faut remonter,
C'est là qu'on perd souvent le courage et l'haleine.
* La Chatte-Femme.
Tout secours étranger dont on se préoccupe
Ne sert qu'à nous nous rendre la dupe
D'une aveugle crédulité.
* le Sanglier et le Buisson.
Souvent même on trouve en son crime
La source de son châtiment.
* le Renard et le Vautour.
Qui sans ailes et sans force,
Sur un dos étranger croit se guinder au cieux,
Risque de haut la culebute,
Et, de son vol audacieux,
N'a souvent pour tout fruit qu'une honteuse chute.
* l'Aigle et l'Escarbot.
Bien fou qui connaît le danger,
Et qui dans le danger s'engage.
* le Renard et le Léopard.
Chacun a ses talens, chacun a ses défauts.
* le Paon et Junon.
On déplaît dès qu'on veut trop plaire.
* les Graces.
D'un désir trop ambitieux
Evite sagement la dangereuse amorce;
Son attrait est pernicieux.
* l'Aigle et l'Escarbot.
La devise d'un homme sage:
Peu de bien avec liberté.
* le Chien gras et le Chien maigre.
Un Dieu n'est pas deux fois trompé.
* le Paysan et Esculape.
Il est toujours bon de savoir où l'on dîne.
* la Cigale et la Fourmi.
Sans le grand bonnet on ne peut être habile.
* la Pie héritière.
L'on voit souvent le bonnet d'un docteur
D'un baudet à nos yeux ne couvrir que la tête.
* le Corbeau et les Paons.
Rencontrer sous sa main domestique fidèle,
Exact, vigilant, plein de zèle,
C'est un des grands trésors qu'un homme puisse avoir.
* le Chien et le Voleur.
Dans le droit chemin renfermons tous nos voeux.
* le Loup et la Belette.
Tout mortel ne songe qu'à soi-même.
* le Mari et ses deux Femmes.
Chacun, plus qu'il ne peut, cherche à se relever.
* le Boeuf et la Grenouille.
Quand un fourbe ennemi, qui voulait nous surprendre,
Tombe lui-même dans nos lacs,
Bien dupe qui pour lui voudrait, d'une ame tendre,
Avoir une pitié qu'il ne mérite pas.
* le Renard, le Coq et le Paysan.
On se donne beaucoup d'embarras
Sitôt qu'on veut trop entreprendre.
* l'Aigle et le Corbeau
Il ne faut épouser jamais que son semblable.
* le Mari et ses deux Femmes.
Etre riche dans l'esclavage,
J'aime mieux une douce et libre pauvreté.
* le Chien gras et le Chien maigre.
Esprit avec beauté n'est pas toujours d'accord.
* le Loup net la Tête de bois.
Donnez le même esprit aux hommes,
Vous ôtez tout le sel de la société.
* les Amis.
D'un père vicieux
L'exemple sur un fils est d'un poids redoutable.
* les Corbeaux et les Aiglons.
Connaître sa faiblesse est la grande science.
* le Poulain et le Lion.
Sous le fort le faible succombe.
* le Pot de fer et le Pot de terre.
Est-on jeune et puissant, tout rit.
Mais tombe-t-on dans la faiblesse?
Tout tourne à dos, et l'on périt.
* le Lion décrépit.
Le faux brave, à force de caquet,
Impose aux idiots, auprès d'eux s'accrédite,
Et toujours leur en dit beaucoup plus qu'il n'en fait.
Mais forcez-le d'agir, vous trouvez que l'effet
Dément tout ce qu'il débite.
* l'Homme et le Lion.
Un fat abuse ainsi de qui se rend trop bon.
* les Animaux favoris.
A la cour, à la ville, en tous lieux on se raille
D'un fat qui, de l'honneur fort mal aiguillonné,
N'a rien, et fonde son dîné
sur le brouet du voisin qui travaille.
* le Renard et le Singe.
Une ame qui se croit heureuse,
Possédant les honneurs, les biens, la volupté,
N'embrasse qu'une ombre trompeuse
De la félicité.
* le Chien et l'Ombre.
Quand femelle à petit génie
S'est mis en tête une manie,
On ne peut l'en désentêter.
* la Mouche et la Marmotte.
On sent le poids des fers dont on est attaché.
* l'Ecuyer et le Cheval.
Jouets de la fortune, assidus courtisans,
Examinez bien votre vie,
Plus vos fers sont dorés, et plus ils sont pesans.
* le Chien gras et le Chien maigre.
Bon juge et femme fidèle,
Il n'est rien de si peu commun.
* le Chat et le Coq.
On ne doit se fier qu'à sa propre vertu.
* 1'Aigle et l'Escarbot.
En vain au dehors on se fie;
Tel en discours se sacrifie,
Qu'au moindre coup de vent nous voyons s'écarter.
* le Sanglier et le Buisson.
Un homme fait grande folie,
Quand il se fie
A qui peut aisément profiter de sa mort.
* la Pie héritière.
La meilleure finesse
C'est souvent de n'en avoir point.
* le Chat et le Rat.
Souvent, par un juste revers,
Quelque fin que l'on soit un plus fin nous attrape.
* le Loup et le Cheval.
Oh! la dangereuse fumée
Que celle d'un encens flatteur!
Malheur, malheur à ceux dont l'ame est affamée
D'un mets si doux, si séducteur;
Le cerveau le plus fort en devient imbécile,
Il n'en peut soutenir la traîtresse vapeur,
Et l'on ne trouve point de route plus facile
Pour entrer dans un faible coeur.
* le Renard et le Corbeau.
Quand tu vois un flatteur qui dit ce que tu veux,
A ses fourbes discours ne sois point trop crédule.
* le Pitaud et le Bouquin.
Entre tous les mortels, par une erreur commune,
Ce Dieu par qui l'on est dans tous ses pas guidé,
C'est ce que très-souvent on appelle fortune.
* la Nourrice, le Loup et l'Enfant.
Il arrive
Qu'un bel esprit souvent
Trouve la fortune rétive,
Tandis qu'un sot a le bon vent.
* le Rossignol et le Coucou.
Fortune, en tout négoce,
Mêle le bien avec le mal.
* le Pêcheur, et le petit Poisson.
Une haute fortune est toujours dangereuse.
* le Myrte devenu Sapin.
De l'orgueil d'un mortel la fortune se joue.
* le Cheval et l'Ane.
Du fourbe qui vous hait redoutez l'artifice;
Son visage souvent n'est qu'un masque trompeur;
Il court vous offrir son service,
Et voudrait vous manger le coeur.
* la Truie en travail et la Louve.
Un fourbe rusé
Prend cent masques trompeurs pour tâcher de nous plaire;
On peut nous pardonner tant qu'il est déguisé;
Mais, voit-on qu'on s'est abusé,
Vite, vite, il faut s'en défaire.
* le Paon et l'Ibis.
Quand celui que l'on veut surprendre
Est à fourbe fourbe et demi, Contre qui se défie en vain l'on cherche à prendre
Le visage d'un faux ami,
Le sage d'un coup-d'oeil en perce l'artifice,
Avec prudence il s'en défend,
Et sait prendre le temps propice
Pour se débarrasser du piège qu'on lui tend.
* le Cheval et le Loup.
Tout frein est un frein, fût-il d'or.
* l'Écuyer et le Cheval.
Rien ne se montre plus soumis
Qu'un aspirant au nom de gendre;
Mais dans votre maison s'est-il une fois mis,
Quelque soin que vous puissiez prendre,
C'est souvent le plus grand de tous vos ennemis.
* le Serpent et le Hérisson.
Sensible aux services reçus
Un esprit généreux les paie avec usure.
* la Fourmi et le Ramier.
Le vent passe léger sur le roseau qui plie,
Et renverse le pin qui veut lui résister.
* le Pot de fer et le Pot de terre.
C'est descendre de sa grandeur,
Quand à de plus petits un plus grand se mesure.
* le Lion et la Grenouille.
Les désirs, les troubles, les craintes,
Et mille soucis dévorans
Sans cesse au faux bonheur des grands
Donnent de mortelles atteintes;
D'aucun plaisir ils ne peuvent jouir;
La mer au plus grand calme est pour eux orageuse,
Et leur félicité, n'est qu'une ombre trompeuse
Qu'on voit soudain s'évanouir.
* le Rat de ville et le Rat de village.
Quand tu choques les grands,
Tu vois sur ta propre personne Retomber tes traits impuissans.
* Le Serrurier et la Couleuvre.
Les grands de leur pouvoir doivent tout présumer,
Plus jaloux de se faire craindre
Que contens de se faire aimer.
* le Lion, le Renard et le Boeuf.
Grandeur n'est pas toujours exempte de disgrace.
* le Lion et le Rat.
La grandeur
Quand on la prône trop est toujours fort suspecte.
* la Mouche et les Fourmis.
Un habit doctoral est un masque trompeur
Qui ne cache souvent qu'un docteur en peinture.
* l'Ane et la peau du Lion.
Chacun tâche à se déguiser
Et d'un habit trompeur se veut faire un mérite.
* le Singe habillé.
Un magot habillé n'est jamais qu'un magot.
* le Singe habillé.
A grands coups d'éperons courrier qui trop se hâte
Au lieu d'avancer fait le saut.
* l'Oie qui pond un Oeuf d'or.
D'une trompeuse voix un héritier sait feindre
Mille soins obligeans pour nous faire plaisir;
Mais plus nos biens sont grands et plus nous devons craindre
D'impatienter son désir.
* la Pie héritière du Ramier.
C'est vouloir mourir que de faire
Son héritier son médecin.
* la Pie héritière du Ramier.
L'homme avec la raison s'égare
Plus qu'avec son instinct le plus lourd animal,
Et dans son jugement bizarre,
Le remède parfois est pire que le mal.
* le Paysan et son Cochon.
L'homme seul, en tous lieux contre l'homme embusqué,
Marche le visage masqué,
L'habit ne le fait pas connaître.
* le Singe habillé.
|
L'homme est ingrat; c'est son grand vice.
Comme une grace il sollicite un bien;
L'a-t-il reçu? Ce n'est plus que justice;
On a bien fait, il n'en doit rien.
* Apollon, Mercure et le Berger.
Veux-tu savoir de touts les vices
Le plus noir et le plus commun,
Damis? C'est d'être ingrat aux bienfaits, aux services,
Que l'on a reçus de quelqu'un.
* le Paysan et le Serpent.
Plus un honnête homme a du coeur, Plus d'un ennemi bas il méprise l'injure.
* le Lion et la Grenouille.
Ne va point, trop enflé de ta vaine puissance,
Insulter avec insolence
Le faible que tu vois soumis.
* le Cheval et l'Ane.
Sur son propre intérêt un ami se mesure;
On le voit peu loger sous même couverture
Intérêt et fidélité.
* le Sanglier et le Buisson.
Dans l'intérieur il faut être
Ce que l'on paraît au dehors.
* la Grenouille et le Boeuf.
On ne songe jamais au bien dont on jouit.
* l'Ane mécontent.
Connais par toi-même, avant que de juger.
* le Daim et le Rhinocéros.
Qu'on est fou quand d'un légataire
On fait dépendre son destin!
* la Pie héritière du Ramier.
Dans la route de la vertu
Tel eût passé sa vie heureuse,
Si société dangereuse
Ne l'avait point jeté dans le chemin tortu.
* le Ciconeau et l'Oiseleur.
Ne nous lions jamais avec un vicieux.
* le Paon et l'Ibis.
Prens bien garde, Mortel, avec qui tu te lies;
De ta société souvent dépend ton sort:
Et tel du fleuve noir ne verrait pas les bords,
Si de mauvaises compagnies
Ne l'avaient conduit à la mort.
* le Ciconeau et l'Oiseleur.
Pour arrêter le luxe il n'est point de barrière.
* le Boeuf et la Grenouille.
Vers le mal la pente est aisée,
Et, lorsque devant nous une ornière, est creusée,
On ne peut s'en tirer sans un terrible effort.
* les deux Ecrevisses.
Quand le mal devient habitude,
On ne peut plus s'en détacher.
* le Lin, les Oiseaux et la Pie.
Prévenez le mal en allant au-devant.
* le Lin, les Oiseaux et la Pie.
Qui fait mal trouve mal; c'est le proverbe antique
Dont on voit tous les jours quelque exemple récent.
* le Faucon et la Colombe.
Sur le malheur d'autrui on doit se faire sage,
Et tirer son profit du malheur étranger.
* le Renard et le Léopard.
A leur mauvaise destinée
Il faut laisser les malheureux.
* le Figuier foudroyé et les Oiseaux.
Il est plus de masques au monde
Que de visages découverts.
* le Loup et le Bouc.
Au mal que l'on ressent l'ame se donne entière.
* l'Ane mécontent.
Quand on suit les méchans, on périt avec eux.
* le Ciconeau et l'Oiseleur.
Un méchant court de malice en malice.
* le Renard et le Vautour.
Sous le mauvais périt le bon.
* le Pot de fer et le Pot de terre.
Entre deux moitiés trop d'inégalité
De bien, d'âge, ou de qualité,
Bouleverse tout le ménage.
* le Mari et ses deux Femmes.
Plus on a l'ame et vertueuse et fière,
Plus d'un faible ennemi l'on méprise les coups.
* le Lion et la Grenouille.
Il ne faut mépriser personne.
* la Chenille et la Fourmi.
Un mérite plâtré s'évapore en fumée.
* l'Ane et la Peau du Lion.
Mortels, quand un plus grand vous hait,
Le mérite n'est pas une défense sûre.
* le Pot de fer et le Pot de terre.
Quand on ne sait pas un métier,
En vain d'y réussir un fol esprit se flatte;
Il ne faut pas qu'un savetier
Aille plus loin que sa savate.
* le Savetier censeur.
Il faut que le labour précède la moisson.
* la Cigale et la Fourmi.
La mortelle faux n'observe pas les rangs.
* le Renard et le Loup.
Hâtons-nous, demain nous mourrons.
* Minos et la Mort.
Quoi que dans nos coeurs imprime la nature,
Son trait ne s'efface jamais.
* la Chatte-femme.
La nature, par qui l'homme est fait ce qu'il est,
Nous pétrit comme bon lui semble;
Dans les plus grands hasards si celui-ci se plaît,
Au moindre bruit celui-là tremble.
* le Lièvre et les Grenouilles.
Contre dame nature on une saurait rien faire.
* le Baudet et le petit Chien.
En vain de la nature on cherche à se défaire.
* la Chatte-femme.
Le cours naturel paraît toujours trop lent.
* l'Ane malade.
Conserve donc ton ame pure,
Même dans la nécessité?
* le Bûcheron et Mercure.
En vain l'on prend un nom qui plaît à tout le monde,
Si l'on ne se sent pas de quoi le soutenir;
Le faux nom qu'on a pris ne sert qu'à nous ternir.
* le Rossignol et le Coucou.
Le dernier des hommes peut nuire
Fort souvent à plus grand que soi.
* le Rat et le Taureau.
L'occasion qui rit soudain doit être prise.
* le Pêcheur et le petit Poisson.
Vous qui, présumant trop d'une haute puissance,
Méprisez, insultez un plus faible que vous,
Songez que pour venger une sensible offense
Il n'est point de petit courroux.
* le Rat et le Taureau.
Qu'un héros est content et qu'il trouve d'appas
A se mettre au-dessus de l'offense!
* le Lion et la Grenouille.
Un oncle sans enfans marche à la sépulture
D'un pas que le neveu trouve toujours trop lent.
* la Pie héritière.
L'or fait faire bien des choses
Dont jamais, sans son aide, on ne viendrait à bout.
* le Vice et la Vertu.
Un pardon n'a pas toujours l'effet
Qu'un coeur généreux se propose.
* le Lion et la Grenouille.
La jeunesse
A grande pente à la paresse.
* les Corbeaux et les Aiglons.
Avec un plus puissant que toi
Ne va point te lier pour entrer en commerce,
A son seul intérêt il mesure sa foi;
Et les projets dont il te berce
N'aboutissent jamais qu'à faire tout pour soi.
Sous un appât trompeur à sa suite il t'engage;
Mais, d'un profit commun après qu'il t'a flatté,
Le plus fort venant au partage
Met toujours tout de son côté.
* le Lion et les autres Animaux.
Quand même on croit avoir une fois triomphé
D'une passion qu'on déteste,
On sent qu'au fond du coeur le même penchant reste,
Et qu'il ne peut être étouffé.
* la Chatte-Femme.
Dans la passion qui le guide
L'homme, par la raison, devrait se modérer.
* la Mouche et la Marmite.
Voir sous un même toit habiter pauvreté
Et probité,,
N'est pas chose commune.
* le Bûcheron et Mercure.
Le pauvre qu'enferme une hutte,
Vit paisible et sans crainte, en vivant sans désirs,
Tandis que le riche est en butte
Aux chagrins dont le persécute
Le souhait des grandeurs, ou l'appât des plaisirs.
* le Chêne et la Roseau.
L'unique pauvreté, dont le sot s'épouvante,
Vit exempte de trouble, en vivant sans désirs,
Et dans un doux repos, de soi-même contente,
Goûte de solides plaisirs.
* le Rat de ville et le Rat de village.
La peine est pour les sots, le plaisir pour, les sages.
* le Ciconeau et l'Oiseleur.
Les petits servent aux grands
Ou de jouet ou de pâture.
* le Loup et l'Agneau.
Le peuple, inconstant ct volage,
De son état présent n'est jamais satisfait.
* Jupiter et les Grenouilles.
Dans la peur, réfléchit-on?
* les Lièvres et les Grenouilles.
Il ne faut point piquer qui peut nous écraser.
* la Puce et la Pucelle.
Le gain même, en plaidant, conduit à l'indigence.
* le Vautour, le Rat et la Grenouille.
On n'aime le plaisir qu'à mesure qu'il coûte.
* le Miroir.
Plus un poison se dissimule,
Plus le coup en est dangereux.
* le Pitaud et le Bouquin.
Souvent un poltron
Démonterait un fanfaron,
S'il l'osait regarder en face.
* le Lièvre et les Grenouilles.
Il n'est donc
Poltron qui ne rencontre un plus poltron que soi.
* le Lièvre et les Grenouilles.
La terre abonde
De ces gens brillans au caquet,
Fiers de langue, mais que le monde
Connaît pour poltrons en effet.
* le Loup et le Bouc.
Heureux qui de prévoyance
Sait en sage homme se munir.
* le Lin, les Oiseaux et la Pie.
Qui prévoit l'écueil, doit mettre son étude
A le fuir et n'y point toucher.
* le Lin, les Oiseaux et la Pie.
A la fin le ciel récompense
L'homme de probité.
* le Bûcheron et Mercure.
Le prodigue indiscret court à bride abattue
Le droit chemin à l'hôpital.
* les Rats.
Dans un petit cerveau qui forme un grand projet,
N'enfante rien qu'une chimère,
S'il n'est pas en pouvoir d'en accomplir l'effet.
* les Souris et le Chat.
Promettre des monts d'or, faire mille caresses,
Quand de quelque besoin l'on se trouve pressé,
Et se rire de ses promesses,
Lorsque le péril est passé,
C'est ce qui tous les jours se pratique en ce monde.
* le Loup et la Grue.
Faute de force il faut employer la prudence..
* la Fourmi et le Ramier.
Dissimuler son impuissance,
Et ce que l'on ne peut avoir,
Se faire une vertu de ne le pas vouloir,
D'un politique adroit c'est un coup de prudence.
* le Renard et les Raisins.
L'on n'avance pas allant à reculons
* les deux Écrevisses.
Qui fait demande, impertinente,
Doit attendre un sage refus.
* le Renard et le Singe.
Après la peine on aime le repos.
* le Pêcheur et les Poissons.
L'on est riche sans richesse,
Sitôt qu'on ne souhaite rien.
* le Bûcheron et Mercure.
La plus prompte richesse on la croit la meilleure.
* l'Ane malade.
Dans sa propre ruse on s'abîme, Souvent à force de ruser.
* le Cheval et le Loup.
On a toujours assez de bien,
En quel état qu'on soit, quand on a la sagesse.
* le Bûcheron et Mercure.
Les plaisirs que l'on daigne nous faire
Doivent être payés de coeur;
Et c'est voler son bienfaiteur
Que lui retenir ce salaire.
* Apollon, Mercure et le Berger.
La mort et pis encore est pour le scélérat.
* le Phénix et le Hibou.
Toujours aux vertueux un grand coeur est propice;
Mais, à l'égard des scélérats,
On se rend à coup sur de leur noire malice
Ou la victime, ou le complice,
Quand on les tire d'embarras.
* le Paysan, le Renard et le Coq.
Dans le choix des secours ce n'est pas peu de chose
Que s'adresser heureusement.
* le Renard et le Buisson.
Quel fardeau qu'un secret à garder!
* le Barbier de Midas.
C'est vouloir perdre un service
Que de le rendre à des ingrats.
* le Loup et la Grue.
Que ne peut-on point quand on s'est mis en tête,
Quelque petit qu'on soit, de servir son ami?
* la Fourmi et le Ramier.
Dans soi-même on se plaît.
* le Mari et ses deux Femmes.
Les sots ne profitent de rien.
* le Festin du Lion.
La plupart des souhaits ne sont rien que folie.
* le Myrte devenu Sapin.
Jamais de son destin l'homme n'est satisfait;
Impatient de sa fortune,
Ce qu'il est toujours l'importune,
Et pour un autre sort il fait nouveau souhait.
Cependant fort souvent, loin de gagner au change,
Quand le ciel exauce ses voeux,
Il voit que bien loin d'être mieux
De ses cris indiscrets la fortune se venge
En le rendant plus malheureux.
* l'Ane mécontent.
Tout le succès dépend d'un certain savoir-faire,
Soutenu par des airs affables, engageans,
Que la nature ou l'art donne à certaines gens.
* les différens Sculpteurs.
Comme il plaît à la Providence
Tous les talens sont partagés.
* le Paon et Junon.
Il n'est pas la moindre bourrique,
Qui, pour son petit bourriquet,
Ne conçoive un penchant secret,
Et de tendresse ne se pique.
* la Guenon et son Marmot.
Souvent on croit tenir ce que l'on se propose,
Que par d'étranges accidens
Le ciel autrement en dispose.
* le Faucon et la Colombe.
Plus on se voit élevé dans la nue,
Plus on se sent près de tomber.
* le Myrte devenu Sapin.
Grandeur qui ne nous est point due,
Attire notre chute et nous fait succomber.
* le Myrte devenu Sapin.
Le travail est toujours le partage des fous.
* les Corbeaux et les Aiglons.
Le trompeur devient lui-même la victime
Du prudent ennemi qu'il voulait abuser.
* le Cheval et le Loup.
Si vous êtes toujours unis,
Vos ennemis en vain chercheront à vous nuire;
Mais si, par un esprit jaloux,
Vous rompez les accords qui sont mis entre vous,
C'est le moyen de vous détruire.
* le Fagot.
La honte suit toujours de près
Une vanité trop brutale.
* le Cheval et l'Ane.
La plus douce des vengeances,
C'est de pouvoir le faire et ne se venger pas.
* le Lion et la Grenouille.
Que la vengeance est douce, et bien plus douce encore,
Lorsque pour nous venger les Dieux prêtent leurs bras!
* le Renard et le Vautour.
Le ciel interdit la vengeance,
Il veut qu'en souffrant une offense
L'esprit humilié dompte sa passion.
* la Grue et le Renard.
Tel vit se dérobant à la vengeance humaine,
Que le ciel en courroux, par des ressorts secrets,
Conduit pas à pas à la peine
Que méritent tous ses forfaits.
* le Renard et le Vautour.
C'est la vertu qui nous distingue.
* le Vice et la Vertu.
La vertu seule et la science
Font de tous les mortels entre eux
L'essentielle différence.
* le Vice et la Vertu.
Comme l'on fuit le vice, on court au vertueux.
* le Vice et la Vertu.
On confond aisément le vice et la vertu.
* le Daim et le Rhinocéros.
La vie est peu de chose;
Ce n'est qu'un tissu de chagrins,
Et c'est en vain qu'on se propose
De s'y faire d'heureux destins.
* le Renard et le Loup.
La vie, ou longue ou courte, est égale aux mourans.
* le Renard et le Loup.
Un vol, s'il n'est restitué,
Ne saurait être pardonnable.
* le Loup et la Belette.
Fort souvent le voleur tombe aux mains de l'exempt,
Tandis qu'à voler il s'applique.
* le Faucon et la Colombe.
Combien tranquillement pourraient dans le voyage
Vivre contens, riches, heureux,
Qui vont sur l'étranger rivage
Chercher un écueil dangereux.
* le Cerf qui loue ses Bois.
En fait de coeur et de mérite
Le vrai n'est pas souvent facile à démêler;
Tel est plus poltron que Thersite,
Qu'on prendrait pour Achille, à l'entendre parler.
* le Loup et le Bouc.
Les yeux furent toujours les portes de l'amour.
* le Miroir.
Dans ses raisonnemens souvent l'homme s'abuse,
Souvent il prend pour bons des conseils imprudens,
Un jour en aveugle, il refuse,
ce que, mal à propos, il veut en d'autres temps.
* le Pêcheur et les Poissons.
Dans le désir d'une fortune heureuse,
Du chemin de l'honneur ne t'écarte jamais.
*, le Bûcheron et Mercure.
Fuis surtout l'hypocrite avec sa langue double:
Devant toi fume son encens;
As-tu le dos tourné? Ses lardons médisans
Ne cherchent en tout lieu qu'à te causer du trouble.
Tout ce qu'il dit est compliment
Que son coeur en secret dément,
Et, dans le moment qu'il te flatte,
Il te frappe en secret d'un poignard assassin.
le Pitaud et le Bouquin. Du comble des honneurs un stupide ignorant
Fait une chute malheureuse.
* les Rats.
Le sage, sans compter sur le secours d'autrui,
Ne fait que ce qu'il peut, et le fait par soi-même,
Au lieu que l'imprudent, dans son audace extrême,
Ose tout hasarder sur un frivole appui.
* l'Aigle et l'Escarbot.
L'indigence est bien moins honteuse
Que de devoir son bien au moindre des forfaits.
* le Bûcheron et Mercure.
L'indigence est une coupelle
Dangereuse sans la vertu,
Et tel prend un chemin tordu,
Qui marcherait fort droit sans elle.
* le Bûcheron et Mercure.
C'est surtout chez les grands qu'ingratitude abonde.
* le Loup et la Grue.
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