D
ans la poche d'un gueux, un vieux sou solitaire
Ne sachant par quoi se distraire,
S'était mis à philosopher.
C'était un sou limé des frottements du monde.
Il avait tant couru sur la terre et sur l'onde
Que de rien le matois ne se laissait coiffer.
De tout ce qu'il voyait il savait tout de suite
Défalquer le clinquant, l'inutile et le faux;
Le réel constamment chez lui mettait en fuite
Toutes velléités de pensers grands et beaux.
De juger vite et juste il recherchait la gloire,
Et se croyait infaillible en ce point.
« Prévoyons, » se dit-il, « la cause obligatoire
« Qui me fera sortir de ce triste pourpoint.
« Le temps est sec et chaud, mon pauvre voudra boire;
« Je me transforme donc pour lui, c'est bien certain,
« En un coup d'eau-de-vie au cabaret prochain. »
Le pauvre, heureux de voir s'égayer la nature,
Cheminait tout dispos et presque souriant,
Lorsqu'au bord de la route un autre mendiant
D'avoir pitié de lui par le bon Dieu l'adjure.
C'était un vieil aveugle, au visage amaigri,
Tout ridé, tout perclus, ployé par la souffrance.
L'aspect de ce malheur, avec tant de puissance,
De la compassion fit retentir le cri
Au cœur du pauvre au sou, qu'à la minute môme
Dans le chapeau tendu la pièce fit le saut.
« Tiens, frère, à toi ! » dit-il ; « dans ma misère extrême
Au moins je vois les champs et le soleil là-haut. »
Je vous laisse à penser comme alors fut penaud
Notre sou philosophe, avec son beau système
De ne voir, ici-bas, de cause aux actions
Que l'intérêt ou bien de viles passions.
Ah ! les faits trop souvent confirment ces maximes ;
Mais le penchant au bien joue aussi de bons tours
A ces âpres censeurs des mobiles intimes :
Messieurs, souvent n'est pourtant pas toujours.
** Fables par Antoine Carteret - Paris 1862.
Le Saule et le Sapin.
L'Epi et le Bleuet.
L'Epi et le Bleuet.
Une Lecture.
La Bouteille et la Carafe .
Le Chat abondonné.
L'Avare et la Pie.
Le vieux Sou.
Le Bourgeois et le Rustre.
Au fond d'une cave.
La Chatte emprisonnée.
La Neige et la Crème fouettée.
Le Chien et le Corbeau.
La Parapluie et le Parasol.
Dans vos réponses soyez polis et affables. Ici vous êtes chez vous, ce site est fait pour vous, participez, réagissez, enfin faites comme chez vous. Merci.
blog comments powered by









"J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,-
La ville et la campagne, enfin tout; il n'est rien-
Qui ne me soit souverain bien, -
Jusqu'au sombre plaisir d'un coeur mélancolique ?"
Saadi disait : " Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs".
lorsqu'on n'a pas ce que l'on aime. - Il faut aimer ce que l'on a." 




