I
l était de par le quartier
Un chat maigre, sans domicile.
Ce chat forcé d'être peu difficile
Dormait dans quelque coin de cave ou de grenier.
La chose allait moins bien quant à la nourriture :
Quoique habile aux souris bien souvent il jeûnait.
Mais laissé tout petit à la bonne aventure,
Et n'ayant jamais eu qu'une existence dure,
C'était rare s'il se plaignait.
Un jour que d'une étrange sorte
Il avait le ventre aplati,
Il aperçut, devant la porte
De la vieille dame Babi,
Sa chatte, sa chère Grisette,
Qui mordillait d'une façon proprette
Un superbe morceau de mou.
« J'ai bien faim, » s'écria l'infortuné matou;
« Je vous en prie, une bouchée ! »
Par son état Grisette peu touchée
Se tournant contre lui, le dos en demi-rond,
Repartit d'un ton rude : « Arrière vagabond!
« Retournez sur vos toits , maraudeur que vous êtes!
« Laissez en paix les gens honnêtes.
« — Honnêtes ! » reprit l'autre ; « eh ! dites bien logés,
« Bien nourris, en un mot grassement partagés.
« Heureux ceux qui n'ont eu que la peine de naître! »
Sur cette repartie il alla reconnaître L
es détours d'un caveau pour s'y mettre à l'affût.
— De grands événements dans ce temps s'accomplirent.
De la dame Babi les jours/nombreux finirent,
Et, parmi les voisins, personne ne voulut
Se charger de Grisette : elle était trop gourmande.
La voilà donc sans feu ni lieu.
Quant au chat il disait à la misère adieu :
Un brave cordonnier, sur la vive demande
De ses enfants, le recevait chez lui.
— Un jour que l'artisan baptisant son sixième,
L'heureux matou faisait moins que jamais carême,
Grisette humblement vint lui conter son ennui,
Demandant un secours. « Retirez-vous, rôdeuse! »
Gronda le chat. « L'existence scabreuse
« Que vous menez est d'un fort mauvais goût.
« Bien que sur ce sujet vous soyez peu perplexe,
« Une telle conduite est indigne, surtout
« Chez une personne du sexe....
« Indulgence pourtant ! Prenez ces deux morceaux. »
La chatte qui songeait à ses anciens propos,
Dut s'avouer qu'ils étaient bien blâmables.
Les noms injurieux lancés aux misérables,
Toujours de trop, portent souvent à faux.
** Fables par Antoine Carteret - Paris 1862.
Le Saule et le Sapin.
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L'Epi et le Bleuet.
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