L'Epi et le Bleuet.    

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n épi mûr toisant son voisin le bluet,
Lui dit : « Beau fils, quelle est donc s'il te plaît
« Ton utilité sur la terre? «
Car je ne puis la découvrir.
« De ta tige voit-on quelque être se nourrir?
« De celle du chanvre on peut faire
« Du fil et de la toile ainsi que des cordeaux;
« On couche sur la mienne, on la met pour litière
« Aux bœufs, aux vaches, aux chevaux.
« Mais la tienne à quoi donc sert-elle?
« On ne peut même la brûler,
« Car, plus chétif que moi, ta flamme est bien moins belle.
« Pourquoi donc venir te mêler
« Aux épis dont tu prends la place,
« Aux épis dont le grain est pour l'humaine race
« Le plus nécessaire aliment? »
Le bluet répondit : « Je suis un ornement
« Dans les champs où je crois; leurs teintes monotones
« Lassent moins les regards grâce à mes fleurs d'azur;
« Puis je sers aux enfants à tresser des couronnes,
Et j'obtiens leur sourire et si frais et si pur.
« Des jeunes filles du village,
« Quand elles dansent sous l'ormeau,
« J'orne le front ou le corsage.
« — Par ma foi, » dit l'épi, « tout cela c'est bien beau ! »
Un rire de pitié termina sa réplique.
Hélas ! à bien des gens ce portrait-là s'applique.
L'idéal est pour eux sans les moindres attraits.
Qu'ils parlent d'un maestro, d'un peintre, d'un poète,
Ils n'en diraient pas plus s'ils disaient : Pauvre bête !
Ils s'estiment sensés, mais ne sont qu'incomplets.

** Fables par Antoine Carteret - Paris 1862.





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