L'Enfant et le Papillon.    

P

etit Papillon bleu,
Qui voles en tout lieu,
Je voudrais être toi, disait le petit George,
À travers les épis courant dans un champ d'orge. »
Le joli petit Papillon
Dit au joli petit garçon :
— « D'où vient que mon destin te paraît préférable?
Le tien pourtant me semble, à moi, fort agréable. »
— « Oh! dit l'enfant, j'aurais de bien plus beaux habits!
Les miens sont toujours noirs ou gris:
Le plus souvent d'étoffes tout unies;
Je n'aime point du tout ces couleurs rembrunies;
Les tiens, beau Papillon, sont de celles des cienx,
Et d'argent tout brodés; cela me plaît bien mieux. »
— « Oui, dit le Papillon, mais ces couleurs si belles
Font qu'un vaurien d'enfant (pardonne-moi ce mot),
S'il peut nous attraper nous arrache les ailes,
Ou bien d'un fer aigu nous transperce aussitôt. »
— « N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Tout pour toi n'est-il pas agrément et plaisir?
Moi, dans un lit de fer tandis que je repose,
Toi, tu t'endors dans une rose,
Petit lit parfumé que berce le zéphyr. »
— « Oui, dit le Papillon, mais lorsque j'y sommeille,
Souvent un traître insecte y pénètre sans bruit.
Et d'un coup de poignard en sursaut m'y réveille ;
Toi, dans le tien, en paix tu dors toule la nuit. »
— « N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Que peut-on comparer au bonheur sans pareil
De voguer dans les airs au gré de ses caprices?
Est-il rien de semblable à de telles délices?
Oh! que vite j'irais dans son palais vermeil
Visiter monsieur le soleil. »
— « Oui, dit le Papillon, mais gare à la Mésange,
Dont le bec en passant pourrait bien le happer,
Et de toi, mon bel ange,
Faire un fort bon souper. »
— « N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Puis, contre tout danger,
Maman, prudente et bonne,
Qui serait Papillonne,
Saurait me protéger. »
— « Ta mère! y songes-tu? dit, le lépidoptère;
Notre espèce est toujours orpheline ici-bus :
Le pauvre Papillon, lui seul n'a point de mère,
Ou du moins, sur la terre,
Il ne la connaît pas. »
— « Quoi! dit soudain l'enfant, tout saisi de tristesse
Tu n'as point de maman qui t'aime et te caresse?
S'il est ainsi, beau Papillon,
Nul péril ne dût-il environner ma vie,
Ton sort brillant ne me fait plus d'envie,
Et j'aime mieux cent fois rester petit garçon.





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