Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Le Chêne et le Tilleul.
Le Tilleul un jour dit au Chêne:
Que tu croîs lentement! tu quittes terre à peine,
Et mon front se perd dans les Cieux ;
Qui croirait qu'un seul jour nous vit naître tous deux?
Seul confident d'un doux mystère,
Sous mon favorable contour,
Je dérobe aux rayons du jour
La tendre et timide Bergère,
Que sans mon ombre solitaire,
Son Berger poursuivait en vain......
Le rendez-vous du lendemain
Est sous mon ombre salutaire.
Sur mon écorce enfin la tremblante Glycère,
Traçant deux chiffres amoureux,
M'a chargé du beau soin d'éterniser ses feux.......
Zéphyre avec molesse agitant mon feuillage,
Vient mêler son murmure aux voix de mille Oiseaux
Qui bravent dans mon sein le soleil et l'orage.
Il n'est aucun de mes rameaux
Où les amours de ce bocage
N'ayent reçu mille fois un vif et pur hommage....
Ma tête brille au loin ; ce n'est que par mon nom
Qu'on désigne mon voisinage.
Je pourrais bien avec raiso
n Peut-être en dire davantage ;
Mais je n'aimai jamais à me glorifier :
Sur l'inégalité que la nature sage
En répandant ses dons mit dans notre partage,
Je me garderai d'appuyer.
Tandis que le Tilleul vantait son indulgence,
Le Chêne croissait en silence.
Il poussait insensiblement Mainte racine profonde
Qui s'étendant à la ronde,
Dans ses fibres largement
Pompaient la sève vagabonde,
Enfin ces grands rameaux obscurcirent les airs.
Le Tilleul cependant, après quelques hivers,
Commençait à courber la tête ;
Le Tilleul n'était déjà plus,
Et le Chêne bravait l'effort de la tempête;
Sous son feuillage alors par cent jeux ingénus
Les innocens Bergers vont célébrer leur fête.
C'est peu de résister aux vents :
Il résiste à la faulx du tems,
Et le vieillard glacé montre avec allégresse
Aux gages fortunés de ses feux expirans,
Le témoin respecté des ans
Qui vit éclore sa tendresse ;
En pleurant sous son ombre il bénit ses enfans,
Les jeunes cœurs, sous cet ombrage,
Se promettent qu'un jour à leur postérité
Ils tiendront à leur tour un semblable langage;
Par un tendre coup d'oeil l'augure est accepté ! Le trépas, du Tilleul emporta la mémoire ;
Le Chêne révéré vit encor dans l'histoire.