les deux fous.  

L

e Charenton, un jour, je visitais l'hospice.
Un fou s'avance et me dit gravement:
« Vous venez sûrement
Pour m'adorer ? c'est de toute justice;
Je puis combler tous vos désirs.
Voulez-vous des honneurs?voulez-vous des plaisirs?
Livrez votre âme à l'espérance,
Rien ne résiste à ma puissance,
Car je suis Jésus-Christ. »
Un autre fou, qui nous surveille,
Aussitôt me sourit
Et me dit à l'oreille :
« N'en croyez rien, Monsieur, ce serait criminel ;
Cet homme est insensé, son discours vous l'atteste ;
Je puis vous en parler fort savamment, du reste ;
Car je suis le Père éternel. »

Le monde est une comédie
Où chacun cherche à se grandir.
De nos voisins nous blâmons la folie ;
C'est la nôtre qu'il faut guérir.


Fables.
Raymond Belfeuil - Paris 1869
.






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