L
e Mensonge et la Vérité,
Un beau matin, se rencontrèrent ;
Or, tous les peuples en glosèrent.
Le Mensonge en riant dit à la Vérité :
« Ma toute belle,
Depuis longtemps,
Il existe entre nous quelques, sots différends ;
Terminons la querelle.
Demain Plutus donne un grand bal;
Venez-y, nous verrons qui plaira davantage,
Et tant pis pour celui qui s'en trouvera mal ! »
La Vérité jamais n'a manqué de courage ;
Elle promit d'aller au bal.
Chez Plutus, le Mensonge arrive de bonne heure.
Chamarré, scintillant,
Parfumé, souriant;
Plutus lui donne la meilleure
Des places du salon.
Dans un bon fauteuil il s'allonge.
Quel est ce grand seigneur? demande-t-on.
— C'est Monseigneur Mensonge.
— Ah! a! vraiment, il est du meilleur ton. »
On l'entoure, on l'admire, il parle, on fait silence.
Avec quelle élégance
Il traite toute question !
Avec quelle grâce il manie
L'arme de la plaisanterie !
Il fait trois calembourgs et dit quatre bons mots;
D'honneur et de philosophie,
Il parle à tout propos,
Séduit les gens d'esprit et fascine les sots;
Il ne pérore plus qu'on l'applaudii, encore :
Bref, Monseigneur Mensonge est l'oracle du jour !
Voici qu'au sein du bal, rose comme l'aurore,
Belle, mais sans atour,
La Vérité se montre. On crie à l'impudence,
Au scandale! Tremblante elle se nomme.
Hélas On ne la connaît pas.
On la raille, on l'offense;
Plutus enfin appelle ses laquais :
La pauvre Vérité fut jetée à la porte.
Le monde n'est-il pas bâti de telle sorte,
Que toujours au mensonge il trouve des attraits,
Qu'à la vérité nue il n'en trouve jamais?
Fables.
Raymond Belfeuil - Paris 1869 .
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Saadi disait : " Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs".
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