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n sait comment le Loup de La Fontaine,
Craignant surtout d'être mis à la chaîne,
Aux reliefs qui tentaient ses appétits gloutons
Préféra les dangers d'une vie incertaine
Et conserva ses instincts vagabonds.
Ce Loup, dans la vigueur de l'âge,
Devint l'effroi du voisinage :
Il avait pris bien des moutons,
Croqué bien des volailles,
Et, sans craindre les représailles,
Étranglé maint basset;
Enfin c'était un fort mauvais sujet.
Un soir qu'auprès d'un parc qu'il s'efforçait de rompre,
Il flairait un friand butin,
Il se vit tout à coup hélé par un mâtin
Que le bandit essaya de corrompre.
Comme étrangleur, il savait son métier;
Mais il voyait briller les pointes d'un collier,
Et ce n'était pas son affaire.
Recourant donc au ton parlementaire : .
« Voisin, si vous vouliez, dit-il,
Être un peu moins hargneux, plus poli, plus civil,
Nous pourrions fort bien nous entendre;
Vous aimez, j'en suis sûr, une chair fraîche et tendre ;
Nous en aurions toujours : au choix, boeuf,veau, mouton,
Canard, poulet, dindon,
Et du festin pour changer l'ordonnance,
On pourrait, au besoin, dépecer un ânon ;
» On pourrait même en conscience,
Et sans trop de danger,
Selon les cas et l'occurrence,
Déjeûner du berger.
Moi,rien que d'y penser, l'eau me vient à la bouche.
Si pourtant vous vouliez être un peu moins farouche,
Nous serions, dès ce jour, au comble du bonheur.
—Bête odieuse et scélérate,
Me prends-tu, comme toi, pour un être sans coeur?
Lui dit le Chien; pour un traître, un pirate
Sans foi ni loi, sans honte, sans honneur?
Me préserve le Ciel d'avoir jamais envie
De partager ta détestable vie !
Toujours en l'air, pas de tranquillité;
Dès qu'on te voit, on te signale;
On crie : Au loup ! de tout côté.
On te poursuit, on te régale
De coups de pierre ou d'une balle;
Les chiens, des dents et de la voix,
Te chassent jusqu'au fond des bois,
Où l'on traque ton existence.
Rien de sûr pour ta subsistance ; .
Pas d'abri pour te reposer ;
Même en été, maigre pitance,
Et quand l'hiver vient tout glacer,
Pour régal, le chiffon qui sert au récurage,
Le désespoir, la faim, la rage.
Est-il au monde un plus horrible sort?
Et cependant, robuste et fort,
Plein de santé, doué d'une mâchoire
Dont, à bon droit, tu peux te faire gloire,
Planté sur un jarret puissant,
Que tu pourrais vivre honorablement!
Que ne sers-tu quelque bon maître
Pour assurer pour le moins tes repas !
—Moi! dit le;Loup, moij me soumettre !
Un maître ! libre à vous, vils chiens, d'en reconnaître,
D'être valets, de vivre d'un salaire;
Mais quant à moi, je n'en veux pas.
J'entends me conduire à ma guise,
Me reposer quand je suis las,
Vivre au hasard et de surprise,
Garder enfin toute ma liberté,
Et faire en tout ma volonté. »
Le Chien, bondissant de colère, .
Lui dit : « Retire-toi, détestable animal;
Je te prédis que tu finiras mal;
Tu périras dans quelque horrible affaire. »
Deux jours après, et juste au même lieu,
Le Loup tombait, atteint d'un coup de feu.
« C'est ainsi que Tonmeurt quand on n'est pas honnête,
Lui dit le Chien; je te l'avais prédit;
Je n'ai jamais comprisqu'un homme ou qu'une bête
Puisse se résoudre et s'entête
A faire de bon gré le métier de bandit. »
En chemin de fer, le 13 octobre 1863.
Le Loup et le Chien, par Jean de La Fontaine. Lire.
Les fables de Barthélemy de Beauregard:
La Cigale et la Fourmi.
Le Corbeau et le Renard.
Le Loup et le Chien.
Le Loup et l'Agneau .
La Mort et la jeune Fille.
Le Loup plaidant contre le Renard par ...
La Chienne et sa Compagne.
La Chauve-Souris et les deux Belettes.
L'Aigle et l'Escarbot.
Le Lion et l'Ane chassant.
Le Lièvre et les Grenouilles.
Le Loup devenu Berger.
Le Loup et la Cigogne.
autres fables gallica.bnf.fr
Greffes Morales sur La Fontaine par Barthélemy de Beauregard - Paris 1865.
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