Bien revenu sur son plumage
Et la beauté de son ramage,
Tout en ayant toujours fort à coeur son fromage,
Le Corbeau se disait : « J'accepte la leçon;
Maisje voudrais en donner une
Au Renard, qui n'est qu'un fripon.
Il m'a volé; je lui garde rancune;
C'est toujours mal de se venger;
Maisle scrupule ici n'a rien à faire,
Puisqu'après tout, c'est pour le Corriger.
Il me vient une idée; elle n'est pas vulgaire.
Ah !je vais lui servir un plat de mon métier,
Et rira bien qui rira le dernier;
Essayons, bah ! vaille que vaille ! »
Bientôt après, comme un homme en ripaille,
Le Corbeau par ses cris troublait tout le quartier.
Le Renard aussitôt, sortant de son terrier,
Se dit : « Maître Corbeau me paraît bien en joie;
Il a sans doute attrapé quelque proie;
Je vais bien le savoir. Eh! bonjour donc, voisin;
Vous rencontrez toujours; vous êtes un malin;
En vérité, vous avez de la chance.
— On fait ce que l'on peut, répondit le Corbeau;
Mais aujourd'hui j'ai fait bombance;
Tenez, il me reste un morceau;
Le voulez-vous? Je vous le donne;
C'est pour votre leçon, que je trouve fort bonne.
Approchez donc; c'.est du bon, c'est du fin;
C'est du filet de lièvre ou de lapin.
Attention ! ouvrez bien la mâchoire.
—Lâchez! » dit le Renard. C'était une attrapoire,
Un dur caillou qui, trempé dans le sang,
Outre un croc qu'il lui casse,
Lui fend la babine en tombant.
Jamais plus piteuse grimace
Que celle du triste Renard;
Il s'enfuit, l'oreille bien basse,
Et d'un ton goguenard
Le Corbeau lui croasse :
" C'est un bonheur
De tromper le trompeur;
C'est pain bénit quand c'est un vil flatteur !
S'il rencontrait toujours de semblables aubaines,
A toute autre besogne il emploîrait ses soins;
Bien des femmes seraient moins vaines;
Les cours des rois seraient moins pleines,
Et les budgets grossiraient moins ."
Paris,20janvier1864.
On pourra peut-être dire que le corbeau se venge d'une manière atroce; mais il n'a pas prévu que son stratagème causerait tant de ravages; il n'en a pas même vu tous les effets du haut de son perchoir. Le renard lui a donné une leçon qui l'a guéri de sa sotte vanité; il veut,à son tour, lui en donner une pour le guéri rdu vice de la flatterie; il la donne, et, s'il dépasse le but, c'est, sans le vouloir, n'ayant fait aucune étude sur la chute des gravois.
Le Corbeau et le Renard, par Jean de La Fontaine. Lire...
Les fables de Barthélemy de Beauregard:
La Cigale et la Fourmi.
Le Corbeau et le Renard.
Le Loup et le Chien.
Le Loup et l'Agneau .
La Mort et la jeune Fille.
Le Loup plaidant contre le Renard par ...
La Chienne et sa Compagne.
La Chauve-Souris et les deux Belettes.
L'Aigle et l'Escarbot.
Le Lion et l'Ane chassant.
Le Lièvre et les Grenouilles.
Le Loup devenu Berger.
Le Loup et la Cigogne.
autres fables gallica.bnf.fr
Greffes Morales sur La Fontaine par Barthélemy de Beauregard - Paris 1865.
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Saadi disait : " Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs".
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