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mmanuel Justin Barthélémy, théologien et écrivain, appelé parfois Barthélemy de Beauregard, du nom du lieu de sa naissance en 1803 et décédé en 18??.
Justin Barthélemy de Beauregard, fut un temps vicaire à l'église de La Trinité de Paris. .
Avant-propos
Il y a deux hommes dans La Fontaine : le poète ou l'écrivain, et le moraliste. Le premier est admirable, et personne ne l'admire plus que moi; les plus habiles ne feront jamais qu'en approcher : c'est la perfection du genre : quel entrain! quelle verve! quelle simplicité, et cependant quelle élévation! quelle finesse et quelle naïveté ! quel abandon et en même temps quelle concision et quelle énergie ! Il est original jusque dans l'imitation, et chacune de ses pages ports le sceau du génie.
Mais a-t-il la même perfection comme moraliste? Ses nombreux apologues ne ressemblent-ils pas souvent à de beaux arbres qui porteraient des fruits gâtés ? A moins d'invoquer l'étrange théorie de l'art pour l'art, fausse et répréhensible dans tous les genres, mais qui serait surtout détestable dans l'espèce, n'est-il pas regrettable qu'un si grand génie n'ait pas toujours joint au culte du beau celui du vrai et du bon, qu'on ne devrait jamais séparer?
Il n'est pas une seule fable de La Fontaine qui puisse faire penser qu'il ait jamais lu l'Évangile, et, de fait, jusqu'à la fin de sa vie, il ne l'avait pas lu, quand, durant le cours de sa dernière maladie, son confesseur s'avisa de lui mettre sous les yeux le livre divin. Pressé de dire ce qu'il en pensait, il répondit, avec son indifférence ordinaire, que c'était un beau livre. Gomme le prêtre s'échauffait sur ce point et s'efforçait de le faire sortir de son apathie, la bonne lui cria : «Laissez-le, Monsieur l'abbé, il est trop b,.. pour que le bon Dieu le damne. » En l'étudiant au point de vue moral et le trouvant si peu chrétien, je me disais : C'est sans doute l'effet de son éducation, qui a été toute païenne, comme l'était alors toute éducation littéraire.
...Ceci m'a conduit à une autre explication. En
voyant les malices de La Fontaine, son ton goguenard,
l'approbation au moins tacite qu'il donne à la
ruse, à la fourberie, à l'ingratitude, à la violence
et à la brutalité de ses personnages, une chose étonne, c'est le surnom de bon, de bonhomme, que
lui ont donné ses lecteurs, et qui lui est resté. Si
l'on eût dit : L'original, le fin, le spirituel, le comique
La Fontaine, cela se comprendrait; mais le
bon La Fontaine ! J'avoue que, de prime abord, je
n'y comprenais rien. Cependant, en y réfléchissant
un peu, je crois avoir deviné le mot de l'énigme. Le
monde, trouvant dans le célèbre fabuliste un moraliste
commode, point sévère, dont on peut suivre les
leçons sans se faire violence, parce que ses préceptes
n'obligent pas à grand'chose, le monde, dis-je, lui
en a su gré; il l'a appelé bon et lui a été reconnaissant
parce qu'il n'a pas contrarié ses instincts. D'autres,
au contraire, l'ont trouvé tellement païen dans
ses fables, ils y ont vu tant d'attaques contre les
grands et la royauté, et un tel esprit d'indépendance,
qu'ils ont longuement prouvé, par ses écrits,
la part qu'il a eue dans la révolution.
Malgré tout, je craignais que mon caractère et
mes études ne m'eussent rendu trop sévère, et, bien
que tenté de donner une suite à certaines pièces du
grand fabuliste, pour en faire découler une morale
plus pure, j'hésitais encore, quand le livre de
M. Taine m'est tombé entre les mains, et a fait
cesser tous mes scrupules. Ce n'est pas que j'approuve
tous les principes de ce livre; mais il renferme
des observations très-justes. Quand M. Taine
dit que La Fontaine n'est pas moral, il est d'autant
moins suspect que c'est de sa part la simple constatation
d'un fait, et non le blâme d'un esprit morose
trouvant que le célèbre fabuliste aurait dû et pu faire
un meilleur usage de son talent.
« Il est diffficile à un homme si gai, dit l'auteur La Fontaine et ses fables
en question, d'être un vrai précepteur de moeurs.
La sévérité n'est pas sa disposition ordinaire; il ne
fera pas de l'indignation son accent habituel. Tâchez
de n'être point sot, de connaître la vie, de n'être
point dupe d'autrui et de vous-même; voilà, je crois,
l'abrégé de ses conseils. Il ne nous propose point de
règle bien stricte ni de but bien haut. Il vous donne
le spectacle du monde réel, sans souhaiter ni louer
un monde meilleur. Il montre les faibles opprimés,
sans leur laisser espoir de secours ni de vengeance.
Il reconnaît que Jupiter « a mis deux tables au
monde ; que l'adroit, le fort, le vigilant, sont assisà la première, et que les petits mangent leurs restes à la seconde. » Bien plus, souvent les petits servent
de festin aux autres. Au reste, peu importe « qui
vous mange, homme ou loup ; toute panse lui paraît
une à cet égard ; » il est résigné, sait ce que vaut le
roi lion, quelles sont les vertus « des courtisans, mangeurs
de gens, » mais croit que les choses iront toujours
de même, et qu'il faut s'y accommoder. Telle
qu'elle est, la vie est « passable. » « Mieux vaut souffrir
que mourir, c'est la devise des hommes. » Cette
morale-là est bien gauloise « Nous reconnaissons que notre ennemi, c'est
notre maître; » nous nous moquons de lui, et, l'amour-
propre ainsi satisfait, nous nous laissons docilement
conduire. Nous acceptons « les faits accomplis
; » nous finissons même par admirer le succès et
rire des gens battus, surtout quand le bâton a été
promené sur leurs reins avec adresse. La Fontaine,
le plus souvent, s'égaye de leur mésaventure. Son
chien fait des raisonnements exacts ; « mais n'étant
qu'un simple chien, » on trouve qu'ils ne valent
rien, « et l'on sangle le pauvre drille. » Notre Champenois
souffre très-bien que les moutons soient mangés
par les loups, et que les sots soient dupés par
les fripons : son renard a le beau rôle. Jean-Jacques
disait fort justement qu'il prend souvent pour héros
les bêtes de proie, et qu'en faisant rire aux dépens
du vol, il fait admirer le voleur. Aussi ses maximes
n'ont-elles rien d'héroïque. Il conseille assez crûment
la flatterie, et la flatterie basse. Le cerf met
au rang des dieux la reine qui avait jadis « étranglé sa femme et son fils, » et la célèbre en poète officiel.
La Fontaine approuve la perfidie, et, quand le
tour est profitable ou bien joué, il oublie que c'est
un guet-apens. Il représente un sage, qui, poursuivi
par un fou, le flatte de belles paroles menteuses, et tout doucement « le fait échiner et assommer
; » il trouve l'invention bonne et nous conseille
de la pratiquer. Enfin, chose admirable! il loue la
trahison politique : « Le sage dit, selon les gens,
vive le roi ! vive la Ligue !»
« Amusons-nous, » c'est là, ce semble, son grand
précepte. Il ne faut pas trop entasser, trop prévoir
ni pourvoir, mais jouir. « Hâte-toi, mon ami, tu n'as
pas tant à vivre : jouis, » et dès aujourd'hui même ;
n'attends pas à demain, la mort peut te prendre en
route. Ce conseil-là vient si bien du coeur que La
Fontaine l'homme insouciant, indifférent, s'indigne
sérieusement contre le convoiteux et l'avare. Il prêche
le plaisir avec autant de zèle que d'autres la vertu. Il
veut qu'on suive « ses leçons, » qu'on mette à profit
cette vie éphémère. Il loue Épicure; il parle de la
mort en païen ; il voudrait, comme Lucrèce, « qu'on
sortît de la vie ainsi que d'un banquet, » en remerciant
son hôte. Il ne semble pas songer qu'il y ait
quelque chose au-delà de la vie et du plaisir ; il demande
seulement que ce plaisir soit fin, mêlé de
philosophie et de tendresses... Il loue la paresse et
le somme; « ajoutez-y quelque petite dose d'amour
honnête, et puis le voilà fort.»
... Voilà une longue citation pour un avant-propos;
mais j'ai voulu laisser un auteur, qui n'est pas suspect,
dire toute sa pensée sur le côté moral de La Fontaine.
Tombées de ma plume, ces vérités auraient
pu être mal reçues; j'espère qu'elles trouveront un
accueil plus favorable , venant d'un homme qui
se pique de n'être pas chrétien. Le résumé de ce
qui précède est que, licencieux dans ses Contes, La
Fontaine n'est pas moral dans ses fables; quelle
qu'en soit la cause, il suffit, pour s'en convaincre, de
le lire avec quelque attention. Or, on ne met pas
ses Contes entre les mains de la jeunesse, et l'on
fait bien ; mais,' on y met ses fables ; on les fait apprendre
aux enfants, afin de leur former le coeur et
l'esprit, et l'on a tort : le style souvent, par ses archaïsmes,
n'est pas à leur portée, et les ennuie si
bien qu'ils ne lisent pas ces chefs-d'oeuvre à l'âge où ils pourraient les lire avec autant de fruit que d'agrément.
Quant à la morale, s'ils la mettaient en
pratique, elle en ferait de bien petits saints, quand
elle n'en ferait pas de fort mauvais sujets. Mais, quoi
qu'on dise et qu'on fasse, on fera toujours apprendre
les fables de La Fontaine;
Telle est la force de la mode ou de la coutume
que tout père, même catholique, se fera toujours un
devoir de les mettre entre les mains de ses enfants,
sans bien se rendre compte de l'effet qu'elles peuvent
produire.
Les choses étant ainsi, je me suis demandé s'il ne
serait pas possible de corriger ce que certaines pièces
du célèbre fabuliste ont de défectueux sous le rapport
moral, en continuant le drame avec les mêmes
personnages, et en amenant ainsi un autre dénouement.
Je l'ai tenté pour quelques-unes des plus connues,
et cette fois encore, si j'en croyais l'amitié,
j'aurais heureusement atteint le but que je me suis
proposé; mais je dois plus que jamais attendre le
verdict du grand juge. Voici comment j'ai procédé :
Je résume la fable de La Fontaine, dont le fond est
souvent dans Ésope et dans Phèdre, et je continue
l'action commencée, ou, si l'on veut, j'en greffe
une autre sur la première, mais de telle manière que
le crime ou le vice est toujours puni et là vertu récompensée. Puis-je espérer que quelques-unes de mes fables seront apprises comme faisant suite à celles de La Fontaine ?
Les fables de Barthélemy de Beauregard:
La Cigale et la Fourmi.
Le Corbeau et le Renard.
Le Loup et le Chien.
Le Loup et l'Agneau .
La Mort et la jeune Fille.
Le Loup plaidant contre le Renard par ...
La Chienne et sa Compagne.
La Chauve-Souris et les deux Belettes.
L'Aigle et l'Escarbot.
Le Lion et l'Ane chassant.
Le Lièvre et les Grenouilles.
Le Loup devenu Berger.
Le Loup et la Cigogne.
autres fables gallica.bnf.fr
Greffes Morales sur La Fontaine par Barthélemy de Beauregard - Paris 1865.
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