Le Jeune Homme et les Roses.  

U

n Jeune Homme allait moissonnant
Les fleurs de son jardin, Vous en eussiez pris une;
Il les cueillit toutes, pensant
Qu'on n'est jamais trop riche eri plaisir et fortune.
Portons-les vite à la maison,
Dit-il ; je vais avoir le printems dans ma chambre.
Je suis déjà pourvu de violette,et d'ambre;
J'aurai des odeurs à foison.
Sitôt dit, sitôt fait. Mon jeune homme peu sage
Met des Roses par-ci, met des Roses par-là,
Des Roses dans son lit, sur sa table; et voilà
De parfums un épais nuage
Qui se répand partout, La nuit vient, il s'endort,
Volets fermés et portes closes.
Le lendemain parut : las ! on le trouva mort,
Suffoqué par toutes ces roses.
Les plaisirs sont comme ces fleurs
Qui charment l'odorat et plaisent à la vue.
Mais il n'en faut pas trop savourer les douceurs :
Leur excès enivre et nous tue.



Notice de F. Cazamian -professeur au lycée de l'Ile de la Réunion.
Ouevres poétiques de Etienne Azéma - 1877.




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