Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.
Qu'est-ce qu'une fable ?
Nature de la fable .
Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
Pour ravitailler sa boutique,
Certain charlatan ruiné
Ne s'est-il pas imaginé
D'annoncer en place publique
Qu'il tenait débit et fabrique,
Au profit de quiconque écrit,
De la drogue qu'on nomme esprit ;
Drogue qu'avec peine infinie
Il compose seul, dans son coin,
D'ingrédients tirés de loin,
Et dont il peut, même au besoin,
Composer aussi du génie?
Quoiqu'il donne cela pour rien,
Pour quelques sous, vous pensez bien
Qu'il fait une assez bonne affaire,
S'il a jamais pour acheteurs
Seulement le quart des auteurs
À qui sa drogue est nécessaire.
Or, parmi les plus empressés
A s'en fournir, est un bon homme,
Un cuistre des plus encrassés
Qui soient de Paris jusqu'à Rome ;
Compilateur, commentateur,
Marchand de science à la livre,
Et partant grand consommateur
De tout ce qui grossit un livre,
Fors l'esprit ; car, jusqu'au moment
Dont il s'agit, en vers, en prose,
II s'en était absolument
Interdit l'usage, et pour cause.
Ces jours derniers, tout en émoi ,
Apostrophant notre chimiste,
« Or çà, lui dit-il d'un air triste,
L'ami, vous moquez-vous de moi ?
Suis-je un nigaud, un âne, un cancre ?
Sur ce tableau qu'est-il écrit ?
Vous nous promettez de l'esprit,
Et vous nous vendez, quoi ? — De l'encre
De l'encre, je le dis tout net,
De l'encre tout-à-fait pareille
A celle que dans leur cornet
Ont mise et Molière et Corneille.
Tous les traits qu'ils font admirer
Sortent de semblables bouteilles ;
Celle-ci contient des merveilles,
Cest à vous à les en tirer »
Je le dis de toute matière
Que le talent doit exploiter.
Un sujet est-il à traiter ?
Chacun le traite à sa manière,
Et le fait ou mauvais ou bon,
Aux Grecs j'en demande pardon,
Mais la Phèdre de Jean Racine
Et celle de monsieur Pradon
Ont toutes deux même origine.