ARNAULT (antoine-vincent)

ARNAULT (antoine-vincent), né à Paris, en 1766, chevalier de la légion-d'honneur, fut nommé, en 1785, secrétaire da cabinet de Madame, place sans honoraires et sans fonctions. En 1787, Il se fit connaître de bonne heure dans la carrière dramatique, et débuta, en 1791, par Marias à Minturnes, tragédie , dont la représentation fut bientôt suivie de celle de Lucrèce, autre tragédie. Après 1792, son attachement a la cause royale, et l'horreur que lui inspirèrent les massacres du 2 septembre, le firent aller en Angleterre et ensuite à Bruxelles. De retour en France, il fut arrêté à Dunkerque, et mis en prison comme émigré ; mais les comités déclarérent que la loi n'était pas applicable à un homme de lettres, à l'auteur de Marias. Remis en liberté, il se livra uniquement à des travaux littéraires. il fut chargé par le général Bonaparte de l'organisation du gouvernement des Iles Ioniennes. Il fut appelé, en 1800, au ministère de l'intérieur par Lucien Bonaparte, qui lui confia la division de l'instruction publique, et qu'il accompagna en Espagne, en 1801.

L'Arbuste et le Tuteur.

 

pour assurer sa pauvre tête
Contre l'effort de la tempête,
Un bel et tendre arbuste implorait un appui.
« Tout bois est propre à cet office »
Dit, en l'art des Thoin un rustre, aussi novice
Que moi, que vous, que tel qui s'en mêle aujourd'hui ;
Et, prenant le premier rameau qui se présente,
Près de cette tige il le plante ;
Puis les lie avec un osier
Comme à l'échalas une vigne,
Comme à son tuteur un rosier.
L'intention était bénigne.
Mais l'intention seule, ainsi qu'on va le voir.
Ne suffit pas. Notre homme était loin de prévoir
Qu'ainsi de son élève il préparait la perte.
L'année entrait alors dans un printemps nouveau ;
Or c'était une branche verte,
Coupée au tronc d'un vieux sureau
Qu'il accouplait à l'arbrisseau ;
Branche qui, de même nature
Que messieurs les Gascons (soit dit sans les vanter),
Prend racine, et vient sans culture
Partout où l'on veut la planter;
A plus forte raison si c'est en bonne terre.
Ni trop grasse ni trop légère,
Celle où mon rustre a mis ce bois qui semblait mort
A tous ses appétits convient si bien, si fort.
Qu'il y renaît, qu'il y prospère,
Qu'il y grandit au point de bientôt devenir
Un arbre. Et cependant, prêt à grossir le nombre
Des chicots qu'en ses nœuds la hart va réunir,
L'arbuste infortuné qu'il devait soutenir,
Mourait étouffé sous son ombre.
Des orphelins ô vous qui soutenez les droits !
A méditer ce fait peut être utile.
Ce n'est pas la première fois
Que le tuteur a dévoré, je crois,
Le patrimoine du pupille.



 

Les autres fables :

Prologue.
L' Arbuste et le Tuteur.
Le Paon et le Rossignol.
La Tête et le Chapeau.
Le Perroquet.
Le Statuaire.
Le Parapluie .
Le Marchand d'Esprit.
Le Fer et l'Aimant.


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