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L’aveugle et le paralytique

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L'aveugle et le paralytique

L’aveugle et le paralytique

Aidons-nous mutuellement,
la charge des malheurs en sera plus légère ;
le bien que l’ on fait à son frère
pour le mal que l’ on souffre est un soulagement.
Confucius l’ a dit ; suivons tous sa doctrine :
pour la persuader aux peuples de la Chine,
il leur contoit le trait suivant.
Dans une ville de l’ Asie
il existoit deux malheureux,
l’ un perclus, l’ autre aveugle, et pauvres tous les deux.
Ils demandoient au ciel de terminer leur vie :
mais leurs cris étoient superflus,
ils ne pouvoient mourir. Notre paralytique,
couché sur un grabat dans la place publique,
souffroit sans être plaint ; il en souffroit bien plus.
L’ aveugle, à qui tout pouvoit nuire,
étoit sans guide, sans soutien,
sans avoir même un pauvre chien
pour l’ aimer et pour le conduire.
Un certain jour il arriva
que l’ aveugle à tâtons, au détour d’ une rue,
près du malade se trouva ;
il entendit ses cris, son âme en fut émue.
Il n’ est tels que les malheureux
pour se plaindre les uns les autres1.
J’ ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres :
unissons-les, mon frère ; ils seront moins affreux.
Hélas ! Dit le perclus, vous ignorez, mon frère,
que je ne puis faire un seul pas ;
vous-même vous n’ y voyez pas :
à quoi nous serviroit d’ unir notre misère ?
à quoi ? Répond l’ aveugle, écoutez : à nous deux
nous possédons le bien à chacun nécessaire 2;
j’ ai des jambes, et vous des yeux.
Moi, je vais vous porter ; vous, vous serez mon guide :
vos yeux dirigeront mes pas mal assurés,
mes jambes à leur tour iront où vous voudrez :
ainsi, sans que jamais notre amitié décide
qui de nous deux remplit le plus utile emploi,
je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.

icon-angle-double-right Notes sur la Fable :

1.  » Les malheureux savent par expérience combien il est doux d’être plaints. C’est pour cela qu’ils compatissent volontiers aux souffrances d’autrui. »

2.  » Chacun de nous possède ce qui manque à l’autre. »

Le discours de l’aveugle au paralytique témoigne d’un bon cœur; non-seulement il a compassion du pauvre perclus, mais il lui offre le moyen de quitter le grabat où il souffre. Il le portera dans ses bras; il lui donnera tout ce dont il a besoin. De son côté, le paralytique sera le guide de l’aveugle. L’amitié, que ces mutuels services établiront et conserveront dans leurs cœurs, leur sera bien douce, car, selon la belle expression du fabuliste :

Le Lien que l’on fait à son frère

Pour le mal que l’on souffre est un soulagement.

Mais cette fable ne s’adresse pas seulement aux malheureux ; elle renferme une grande leçon dont tous les hommes, et surtout les petits enfants, doivent profiter. Que deviendraient-ils, si l’on n’avait pas pitié de leur faiblesse! Ils mourraient de froid et de faim. Mais leur mère est là, qui les réchauffe dans ses bras, qui les nourrit de son lait. Aussi, dès leur premier âge, doivent-ils, en retour des soins maternels, consacrer leur amour au bonheur de leurs parents. Plus tard, lorsque, pour apprendre les sciences et les lettres, ils sont placés dans une maison d’éducation avec d’autres enfants, aussi tristes qu’eux d’avoir quitté le toit paternel, ils doivent se rappeler chaque jour les premiers vers de cette fable: Aidons-nous mutuellement; alors leurs chagrins deviendront plus légers. Les petits services qu’ils rendent à leurs camarades, la bonne affection qu’ils leur témoignent, leur feront oublier tous les petits désagréments de la pension, et ils passeront des jours heureux. Car on fait son bonheur en faisant le bonheur des autres. (L’aveugle et le paralytique)

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