Un Fou et un Sage.  
C

ertain Fou poursuivait à coups de pierre un Sage.
Le Sage se retourne et lui dit : Mon ami,
C'est fort bien fait à toi ; reçois cet écu-ci :
Tu fatigues assez pour gagner davantage.
Toute peine, dit-on, est digne de loyer.
Vois cet homme qui passe ; il a de quoi payer.
Adresse-lui tes dons, ils auront leur salaire.
Amorcé par le gain, notre Fou s'en va faire
Même insulte à l'autre Bourgeois.
On ne le paya pas en argent cette fois.
Maint estafier accourt ; on vous happe notre homme,
On vous l'échine, on vous l'assomme.
Auprès des Rois il est de pareils fous :
A vos dépens ils font rire le Maître.
Pour réprimer leur babil, irez-vous
Les maltraiter ? Vous n'êtes pas peut-être
Assez puissant. Il faut les engager
A s'adresser à qui peut se venger.









  • Analyses : Chamfort 1796
  • MSN. Guillon 1803.
  • Livre : XIIème.
Commentaires et analyses par Chamfort . 1796.

V. 1. Certain fou poursuivait.....
Joli petit conte , et bonne leçon pour qui peut en profiter ; mais j'imagine que les occasions en sont rares.
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon .1803.

(1) Digne de loyer. Ménage : Loyer signifie proprement la récompense; mais il se dit aussi du châtiment et de la punition , comme en cet endroit de Malherbe :
Qu'une même folie N'eut pas même loyer.
Le mot de loyer, au reste, est très-beau, et ceux qui font difficulté de s'en servir, sont trop délicats. (Observ. sur Malherbe , pag. 338. ) Antoine de Baïf ayoit dit de même :
L'amant dans ce verger pour loyer des traverses Qu'il passe constamment.
Et La Fontaine :
Un rustre l'abattoit : c'étoit là son loyer.
(LIV.X. fab. 2.)
(2) Maint Estafier. H. Etienne : Le pape se pourmena, ayant encre autres pour ses conducteurs, ou plutôt pour ses estafiers ou laquais, le roi de France et le roi d'Angleterre. ( Apologie pour Hérodote - T.lll. p. 421.)
(3) On vous l'échine, Clém. Marot :
Eschine, que je t'eschine De fine force d'accolades.
( Dialogue de deux Amours. )
Aulu-Gelle (Nuits Attiq. Liv. XX. ch. 21. ) parle d'un certain Lucius-Veratius, Romain fort riche, qui ne marchoit jamais par la ville sans être suivi d'un esclave portant une bourse pleine d'argent. D'abord qu'il rencontroit quelqu'un qui n'étoit pas d'un rang à lui faire craindre sa vengeance, il ne manquoit pas de lui donner un soufflet, et prenoit ensuite 25 sous dans sa bourse, qui étoit la somme ordonnée par les loix des XII Tables, pour la réparation de cet affront.

Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."




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