Jean de la Fontaine   Sa vie     Fables    Contes   Proverbes    Théatre    Poésies    Epitaphe 
Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
 Les Vautours et les Pigeons. 

Mars autrefois mit tout l'air en émute.
Certain sujet fit naître la dispute
Chez les oiseaux ; non ceux que le Printemps
Mène à sa Cour, et qui, sous la feuillée,
Par leur exemple et leurs sons éclatants
Font que Vénus est en nous réveillée ;
Ni ceux encor que la Mère d'Amour
Met à son char : mais le peuple Vautour,
Au bec retors, à la tranchante serre,
Pour un chien mort se fit, dit-on, la guerre.
Il plut du sang ; je n'exagère point.
Si je voulais conter de point en point
Tout le détail, je manquerais d'haleine.
Maint chef périt, maint héros expira ;
Et sur son roc Prométhée espéra
De voir bientôt une fin à sa peine.
C'était plaisir d'observer leurs efforts ;
C'était pitié de voir tomber les morts.
Valeur, adresse, et ruses, et surprises,
Tout s'employa. Les deux troupes éprises
D'ardent courroux n'épargnaient nuls moyens
De peupler l'air que respirent les ombres :
Tout élément remplit de citoyens
Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres.
Cette fureur mit la compassion
Dans les esprits d'une autre nation
Au col changeant, au coeur tendre et fidèle.
Elle employa sa médiation
Pour accorder une telle querelle ;
Ambassadeurs par le peuple pigeon
Furent choisis, et si bien travaillèrent,
Que les Vautours plus ne se chamaillèrent.
Ils firent trêve, et la paix s'ensuivit :
Hélas ! ce fut aux dépens de la race
A qui la leur aurait dû rendre grâce.
La gent maudite aussitôt poursuivit
Tous les pigeons, en fit ample carnage,
En dépeupla les bourgades, les champs.
Peu de prudence eurent les pauvres gens,
D'accommoder un peuple si sauvage.
Tenez toujours divisés les méchants ;
La sûreté du reste de la terre
Dépend de là : Semez entre eux la guerre,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
Ceci soit dit en passant ; je me tais.

 



 

Commentaires et analyses par Chamfort . 1796.

V. 3.....Non ceux que le printemps
Mène à sa cour.....
Tournure poétique qui a l'avantage de mettre en contraste , dans l'espace de dix vers , les idées charmantes qui réveillent le prin-tems , les oiseaux de Vénus, etc.. et les couleurs opposées dans la. description du peuple vautour.
V. 27. Au col changeant.....
Description charmante , qui a aussi l'avantage de contraster avec le ton grave que La Fontaine a pris dans les douze ou quinze ver» précédens.
V. 41. Tenez toujours divisés les médians.
Ceci n'est pas à la vérité une règle de morale : ce n'est qu'un conseil de prudence ; mais il ne répugne pas à la morale.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon .1803.

(1) Mars autrefois. Mars, fils de Jupiter et de Junon, est le Dieu des combats. Il est reconnoissable à son attitnde guerrière, à la fureur qui étincelle dans ses yeux, au casque dont sa tête est toujours chargée, à la cotte d'armes qui couvre sa poitrine, an long javelot avec lequel sa main s'apprête à frapper son ennemi. Mars ou la guerre sont mots synonymes.
(2) Mit tout l'air en émûte. Emoy, esmay, esmayance, emute, tous vieux mots remplaces aujourd'hui par celui d'émeute ( qui ne se dit encore que des mouvemens populaires), pour signifier effroi, tristesse , appréhension. ( Voyez le Glossaire à la suite des Poésies de Thibault, comte de Champagne, T. II. p.230)
(3) Non ceux que le printemps, etc. En général ces pacifiques oiseaux que les froids de l'hiver tenaient ensevelis dans la retraite et le silence, et que le printemps ramène pour embellir avec lui la nature, et rallumer les feux de l'Amour. Ni ceux encor que la mère d'Amour met à son char. Les colombes ou les moineaux que Vénus atteloit à son char, parceqne de tous les oiseaux, ils passent pour être les plus amoureux. On sent de quel attrait la suspension est pour la curiosité r et quel intérêt va résulter du contraste de ces premières images,si douces et si riantes, avec la description qui va suivre.
(4) Le peuple Vautour,
Au bec retors., à la tranchante serre. Le peuple Vautour. Tout ce qu'il y a de plus féroce, mis en fermentation par la réunion de ses élémens et par les fureurs de la Discorde. Au bec retors, etc. Cette poésie est pleine de nerf; et puis, quelle idée une semblable armure ne donne-t-elle pas du moral de ces féroces animaux ! C'est ainsi que Virgile à peint le Vautour de Prométhée: rostro que immanis vultur obunco. (AEneid. L. VI. v. 597.)
(5) Il plut au sang, M. Marmontel a cité ce trait dans sa Poétique, pour exemple de l'élévation à laquelle La Fontaine savoit aussi porter son génie. ( T. II. p. 466. ) On se moque dès pluies de sang que les anciens auteurs font tomber du ciel : pourquoi ? c'est qu'il ne peut y avoir d'effet, là où il n'y a point de cause : mais ici, deux armées de vautours, acharnées l'une contre l'autre ! Le sang doit couler du haut des airs. L'image n'est donc que juste; mais elle est terrible. Elle, lui paroit encore trop foi-ble, ajoute M. Marmontel, pour exprimer la dépopulation. (Ibid.) Il la fortifie par une perspective à-la-fois terrible et douce :
(6) Et sur son roc Prométhée espéra
De voir bientôt une fin à sa peine. On sait que ce créateur de l'espèce humaine étoit enchaîné sur le Caucase, où un Vautour lui dévoroit les entrailles sans cesse renaissantes. Jupiter vouloit par-là punir le père, de tous les crimes de ses enfans.
(7) Au col changeant , au coeur tendre et fidelle. J'ai vu le Prométhée de Goltzius, et j'ai dit : voilà le sublime de la force : mais peut-être qu'avec un burin aussi énergique , on ne sauroit avoir de la grace. J'ai vu la Galatée et la Vénus du même maître , et j'ai dit : avec tant de grace on ne peut avoir de la force. Goltzius et La Fontaine m'ont appris qu'ici les extrêmes n'étoient point impossibles.
(8) Tenez toujours divisés les méchans. Mot des, Tibères et des Borgias de tous les temps. Je laisse aux philosophes le soin d'examiner si cette maxime est aussi vraie en morale qu'en politique . Ceci, soit dit en passant ; je me tais.

 

Articles et fabulistes à voir...
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
— Jean de la Fontaine naquit, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Son père était maître des eaux et forêts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir été fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique ; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris1. Mais il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, la suite....

La continuation des Mille et une Nuits.
Avant de parler de la continuation des Mille et une Nuits qu’on publie aujourd’hui, il est nécessaire de dire quelque chose de l’original arabe, et de la partie déjà traduite par M. Galland.
Les manuscrits complets des Mille et une Nuits sont rares, non-seulement en Europe, mais même en Orient ; et tous ne se ressemblent pas exactement. La Bibliothèque Impériale de Paris possède deux exemplaires des Mille et une Nuits, qui sont tous deux fort incomplets. la suite ...

La Moralité de chaque Fable de La Fontaine développée et prouvée par un trait historique ou biographique.
En publiant le La Fontaine en action, nous n'avons qu'un but, c'est de vulgariser l'admirable morale des maximes du grand fabuliste, en les appuyant d'un exemple qui les fixe plus facilement et plus profondément dans l'esprit des jeunes gens ; c'est en un mot de leur venir en aide pour qu'ils fassent d'eux-mêmes l'application de la règle, et profitent des excellents conseils de cet écrivain immortel. Les exemples choisis, se rapportant pour la plupart aux grands faits historiques , la suite....

Origine des fables de Jean de la Fontaine.
Je n'hésiterais donc pas à regarder comme empruntés par La Fontaine tous les sujets qu'il renferme et que l'on retrouve dans les six premiers livres de notre fabuliste, si Phèdre et Horace n'en réclamaient pas un certain nombre : ce n'est pas sans balancer que j'indique les quatre fables suivantes comme ayant leurs sources dans les satires et dans les épîtres du lyrique latin.. la suite....

Franc-Nohain:
Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain, né le 25 octobre 1872 à Corbigny et mort le 18 octobre 1934 à Paris, avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, poète.
Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

blog comments powered by    
 

Website templates