l n'était point d'étang dans tout le voisinage
Qu'un Cormoran n'eût mis à contribution.
Viviers et réservoirs lui payaient pension.
Sa cuisine allait bien : mais, lorsque le long âge
Eut glacé le pauvre animal,
La même cuisine alla mal.
Tout Cormoran se sert de pourvoyeur lui-même.
Le nôtre, un peu trop vieux pour voir au fond des eaux,
N'ayant ni filets ni réseaux,
Souffrait une disette extrême.
Que fit-il ? Le besoin, docteur en stratagème,
Lui fournit celui-ci. Sur le bord d'un Etang
Cormoran vit une Ecrevisse.
Ma commère, dit-il, allez tout à l'instant
Porter un avis important
A ce peuple. Il faut qu'il périsse :
Le maître de ce lieu dans huit jours pêchera.
L'Ecrevisse en hâte s'en va
Conter le cas : grande est l'émute.
On court, on s'assemble, on députe
A l'Oiseau : Seigneur Cormoran,
D'où vous vient cet avis ? Quel est votre garand ?
Etes-vous sûr de cette affaire ?
N'y savez-vous remède ? Et qu'est-il bon de faire ?
- Changer de lieu, dit-il. - Comment le ferons-nous ?
- N'en soyez point en soin : je vous porterai tous,
L'un après l'autre, en ma retraite.
Nul que Dieu seul et moi n'en connaît les chemins :
Il n'est demeure plus secrète.
Un Vivier que nature y creusa de ses mains,
Inconnu des traîtres humains,
Sauvera votre république.
On le crut. Le peuple aquatique
L'un après l'autre fut porté
Sous ce rocher peu fréquenté.
Là Cormoran le bon apôtre,
Les ayant mis en un endroit
Transparent, peu creux, fort étroit,
Vous les prenait sans peine, un jour l'un, un jour l'autre.
Il leur apprit à leurs dépens
Que l'on ne doit jamais avoir de confiance
En ceux qui sont mangeurs de gens.
Ils y perdirent peu, puisque l'humaine engeance
En aurait aussi bien croqué sa bonne part ;
Qu'importe qui vous mange ? homme ou loup ; toute panse
Me paraît une à cet égard ;
Un jour plus tôt, un jour plus tard,
Ce n'est pas grande différence.
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : IXème.
V. 1. Il n'était point d'étang, etc. . . .
Nous ne trouverons plus dans ce dixième livre, de fable qui puisse être comparée aux deux précédentes. Celle-ci n'en approche , ni pour le fond , ni pour la forme. Remarquons cependant le sérieux plaisant de cette réflexion.
V. 7. Tout cormoran se sert de pourvoyeur lui-même.
V. 42. En ceux qui sont mangeurs de gens.
Il fallait s'arrêter là. La réflexion que La Fontaine ajoute à ce conseil de prudence, ne sert qu'à en détourner l'esprit de son. lecteur. L'idée de la mort absorbe toute autre idée.
Pas notée.
La Tortue et les deux Canards
Les Poissons et le Cormoran
L'Enfouisseur et son Compère
Le Loup et les Bergers
L'Araignée et l'Hirondelle
La Perdrix et les Coqs
Le Chien à qui on a coupé les oreilles
Le Berger et le Roi
Les Poissons et le Berger qui joue de la flûte
Les deux Perroquets, le Roi, et son fils
La Lionne et l'Ourse
Les deux Aventuriers et le Talisman
Discours à Monsieur le Duc de La Rochefoucault
Le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre, et le Fils de roi
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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Qui ne me soit souverain bien, -
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Saadi disait : " Si la peste donnait des pensions, la peste trouverait encore des flatteurs et des serviteurs".
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