Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Je devais par la Royauté
Avoir commencé mon Ouvrage.
A la voir d'un certain côté,
Messer Gaster en est l'image.
S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.
De travailler pour lui les membres se lassant,
Chacun d'eux résolut de vivre en Gentilhomme,
Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.
Il faudrait, disaient-ils, sans nous qu'il vécût d'air.
Nous suons, nous peinons, comme bêtes de somme.
Et pour qui ? Pour lui seul ; nous n'en profitons pas :
Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas.
Chommons, c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre.
Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,
Les bras d'agir, les jambes de marcher.
Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent.
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur ;
Il ne se forma plus de nouveau sang au coeur :
Chaque membre en souffrit, les forces se perdirent.
Par ce moyen, les mutins virent
Que celui qu'ils croyaient oisif et paresseux,
A l'intérêt commun contribuait plus qu'eux.
Ceci peut s'appliquer à la grandeur Royale.
Elle reçoit et donne, et la chose est égale.
Tout travaille pour elle, et réciproquement
Tout tire d'elle l'aliment.
Elle fait subsister l'artisan de ses peines,
Enrichit le Marchand, gage le Magistrat,
Maintient le Laboureur, donne paie au soldat,
Distribue en cent lieux ses grâces souveraines,
Entretient seule tout l'Etat.
Ménénius le sut bien dire.
La Commune s'allait séparer du Sénat.
Les mécontents disaient qu'il avait tout l'Empire,
Le pouvoir, les trésors, l'honneur, la dignité ;
Au lieu que tout le mal était de leur côté,
Les tributs, les impôts, les fatigues de guerre.
Le peuple hors des murs était déjà posté,
La plupart s'en allaient chercher une autre terre,
Quand Ménénius leur fit voir
Qu'ils étaient aux membres semblables,
Et par cet apologue, insigne entre les Fables,
Les ramena dans leur devoir.
Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
La Fontaine a pris ici le ton le plus simple, et ne paraît pas chercher le moindre embellissement. Il a craint sans doute qu'on ne le soupçonnât d'avoir voulu lutter contre Horace, qui, dans une de ses Epitres,- a mis en vers cet Apologue d'une manière beaucoup plus piquante et plus agréable.
V. 7. Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme, Sans rien faire. . .
Voilà un trait de satyre qui porte sur le fond de nos mœurs, mais d'une manière bien adoucie. C'est le ton et la coutume de La Fontaine de placer la morale dans le tissu de la narration, par l'art dont il fait son récit.
V. 25. . ... Et la chose est égale. Pas si égale. Mais La Fontaine n'y regarde pas de si près. On verra ailleurs qu'il ne traite pas aussi bien l'autorité royale , et que même il se permet un trait de satyre qui passe le but.
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.
Un écrivain inspiré, dans qui la philosophie dut reconnoître les (Tome .I)
talens qui prouvent le génie, avant que la religion ne l'élevât sur ses autels, S. Paul, dans une de ses Epîtres , s'exprime ainsi : " Si le pied disoit: puisque je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps ; est-ce que pour cela il ne scroit pas du corps? Et si l'o reille disoit : puisque je ne suis pas l'œil, je ne suis pas du corps ; est-ce que pour cela il n'est pas du corps ? Si tout le corps étoit œil, où seroit l'ouïe ? et s'il étoit tout ouïe, où seroit l'odorat ?... Or l'œil ne peut pas dire à la main, je n'ai pas besoin de votre secours, ni la tête dire aux pieds, vous ne m'êtes point nécessaires, etc.». (II. Cor. 12.) Dans cette supposition de l'Apôtre, vous découvrez les germes de la discorde des membres : encore un pas, et vous avez l'apologue. Témoin ce morceau de Rabelais : « Que chaque chose se mette à ne plus rien prester à autrui, vous allez voir, dit-il, ung terrible tintamarre. La teste ne vouldra prester la veue de ses yeux pour guider les pieds et les mains ; les pieds ne la daigneront porter. . . ; le cœur se faschera de tant se mouvoir pour le pouls des membres , et ne leur prestera plus.... Somme en ce monde delsrayé , rien ne debvant, rien ne prestant, rien n'empruntant, vous voirrez une conspiration plus pernicieuse que n'a figuré Esope en son apologue, et périra sans doute ». (Pantagr. L. III. ch. 3. Voyez aussi le Jouvencel, bien antérieur au Pantagruel, fol. 94 à 97.)
(1) Je devois par la royauté Avoir commencé. On ne se permettroit plus aujourd'hui ce double emploi du prétérit.
(2) Gaster. L'Estomac, Rabelais, (L. IV. ch. 57) : « La sentence du satyrique est vraye, qui dict messere Gaster estre de touts arts le mestre ». ( Ingenii largitor venter. Perse. )
(3) De vivre en Gentilhomme. Trait de satyre. L'étymologie de ce mot rend vraiment piquante l'application que La Fontaine en fait ici. Le Pogge, dans une de ses lettres, nous instruit qu'il est d'origine vénitienne : Gen-tiles homInes, ut vestro verbo utar, dit-il , en écrivant au noble Greg. Coriario, p. 326. Or, on sait les privilèges des nobles vénitiens.
(4) Chommons, Chommer, ne rien faire, comme aux jours de fête. La Monnoie dérive ce mot de chaume, ce qui couvre la cabane du pauvre, parce que « aux jours de fête, il demeure en repos sous le chaume. » ( OEuvr.T. .I édit.in-40. pag. 385).
(5) Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale. L'auteur de l'ouvrage intitule: Code de la Naure (Diderot), conteste la justesse de l'application de cet apologue au gouvernement monarchique. Peut-être ne seroit il pas difficile d'opposer à son opinion d'autres raisonnement et d'autres autorites ; mais la Révolution Française a mis le scellé sur la tombe des défenseurs de la royauté.
(6) Menenius le sut bien dire. Ce fait est consigné dans Tite Live, L. II. Valere Maxime, L. VIII. ch. 9» Florus, L. I. ch. 23, et les autres historiens de la République romaine. Le Sophocle anglais, Shakespeare, en a fait un beau commentaire dans son Coriolan.