près mille ans et plus de guerre déclarée,
Les Loups firent la paix avecque les Brebis.
C'était apparemment le bien des deux partis ;
Car si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
Les Bergers de leur peau se faisaient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d'autre part pour les carnages :
Ils ne pouvaient jouir qu'en tremblant de leurs biens.
La paix se conclut donc : on donne des otages ;
Les Loups, leurs Louveteaux ; et les Brebis, leurs Chiens.
L'échange en étant fait aux formes ordinaires
Et réglé par des Commissaires,
Au bout de quelque temps que Messieurs les Louvats
Se virent Loups parfaits et friands de tuerie,
lls vous prennent le temps que dans la Bergerie
Messieurs les Bergers n'étaient pas,
Etranglent la moitié des Agneaux les plus gras,
Les emportent aux dents, dans les bois se retirent.
Ils avaient averti leurs gens secrètement.
Les Chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu'à peine ils le sentirent.
Tout fut mis en morceaux ; un seul n'en échappa.
Nous pouvons conclure de là
Qu'il faut faire aux méchants guerre continuelle.
La paix est fort bonne de soi,
J'en conviens ; mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi ?
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : IIIème.
V. 13, . . Louvats. Mot de style burlesque, qui s'emploie, comme on le sait, pour louveteau.
V. 27. J'en conviens; mais de quoi sert-elle,
Avec des ennemis sans foi?
La Fontaine se met ici à côté d'une grande question , savoir jusqu'à quel point la morale peut s'associer avec la politique.
(1) Avecque ainsi écrit, n'est plus en usage qu'en poésie , où même il a vieilli.(2) Louvats. Louveteaux, jeunes Loups.
(3) Les emportent aux dents. Expression hardie que je n'ose-rois censurer qu'en la regrettant. Entre leurs dents seroit plus exact, mais foible.
Voici l'application que Démosthène fit de cet apologue,"Alexandre, au rapport de Plutarque, envoya sommer les Athéniens de lui remettre entre les mains dix de leurs orateurs. Démosthène conta au peuple d'Athène la fable des Brebis et des Loups , qui demandèrent une fois aux Brebis que pour avoir la paix avec eux , elles livrassent entre leurs mains les mâtins qui les gardoient : en com parant lui et ses compagnons, travaillant pour le bien du peuple, aux Chiens qui gardent les troupeaux de Moutons, et appelant Alexandre le Loup. (Trad. d'Amyot.) Lors de la seconde Assemblée législative en France (en 1791), les deux partis qui la divisoient s'étant réunis dans un moment d'enthousiasme, sous la promesse solennelle d'abjurer leurs animosités et leurs haines, le roi Louis XVI s'y rendit le soir de ce jour-là même, accompagné de ses ministres, pour signer ce nouveau traité de paix, et confondre ses sermens dans ceux de l'Assemblée, dont l'unanimité offrit en ce moment le plus bel exemple à la France, déchirée dès-lors par tant de factions. Le lendemain, les murs de la capitale se trouvèrent tapissés d'affiches qui portaient cette fable de La fontaine. La paix des Loups avec les Brebis ne dura pas même un jour ; et la journée du 20 juin , qui suivit bientôt après, vit commencer la longue agonie du Berger.
Les Membres et l'Estomac
Le Loup devenu Berger
Les Grenouilles qui demandent un roi
Le Renard et le Bouc
L'Aigle, la Laie, et la Chatte
L'Ivrogne et sa Femme
La Goutte et l'Araignée
Le Loup et la Cigogne
Le Lion abattu par l'homme
Le Renard et les Raisins
Le Cygne et le Cuisinier
Les Loups et les Brebis
Le Lion devenu vieux
Philomèle et Progné
La Femme noyée
La Belette entrée dans un grenier
Le Chat et un vieux Rat
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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Qui ne me soit souverain bien, -
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