Les deux Coqs.
Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint,
Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie ; et c'est de toi que vint
Cette querelle envenimée,
Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe teint.
Longtemps entre nos Coqs le combat se maintint :
Le bruit s'en répandit par tout le voisinage.
La gent qui porte crête au spectacle accourut.
Plus d'une Hélène au beau plumage
Fut le prix du vainqueur ; le vaincu disparut.
Il alla se cacher au fond de sa retraite,
Pleura sa gloire et ses amours,
Ses amours qu'un rival tout fier de sa défaite
Possédait à ses yeux. Il voyait tous les jours
Cet objet rallumer sa haine et son courage.
Il aiguisait son bec, battait l'air et ses flancs,
Et s'exerçant contre les vents
S'armait d'une jalouse rage.
Il n'en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits
S'alla percher, et chanter sa victoire.
Un Vautour entendit sa voix :
Adieu les amours et la gloire.
Tout cet orgueil périt sous l'ongle du Vautour.
Enfin par un fatal retour
Son rival autour de la Poule
S'en revint faire le coquet :
Je laisse à penser quel caquet,
Car il eut des femmes en foule.
La Fortune se plaît à faire de ces coups ;
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du sort, et prenons garde à nous
Après le gain d'une bataille.
Pages liées :
Esope : Des deux Coqs et du Faucon.
Loqman : Les deux Coqs.
Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
V. 2 Et voilà la guerre allumée.Amour, tu perdis Troie; ...
Quelle rapidité ! quel mouvement ! quel rapprochement heureux des petites choses et des grands objets ! c'est un des charmes du style de La Fontaine.
V. 5. Où du sang des dieux même on vit le Xante teint.
Ce beau vers est un peu gâté par la dureté des deux dernières syllabes Xanthe teint.
Rien de plus naturel que cette expression, après avoir parlé de la guerre de Troie.
V. 13. Ses amours , qu'un rival, etc. . . .
Quel doux regret, quel sentiment dans cette répétition ! Le reste du tableau est de la plus grande force et figurerait dans une-ode.
V. 23. Tout cet orgueil péril, etc. ...
Ce vers est très-beau, mais il fallait s'arrêter là. La plaisanterie sur le caquet des femmes est usée et peu digne de La Fontaine ; d'ailleurs ce caquet des poules n'avait rien de nouveau pour le coq.
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.
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