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| Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 |
Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre :
Les amis de ce pays-là
Valent bien dit-on ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s'occupait au sommeil,
Et mettait à profit l'absence du Soleil,
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :
Il court chez son intime, éveille les valets :
Morphée avait touché le seuil de ce palais.
L'Ami couché s'étonne, il prend sa bourse, il s'arme ;
Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme
A mieux user du temps destiné pour le somme :
N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?
En voici. S'il vous est venu quelque querelle,
J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Etait à mes côtés : voulez-vous qu'on l'appelle ?
- Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point :
Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu ;
J'ai craint qu'il ne fût vrai, je suis vite accouru.
Ce maudit songe en est la cause.
Qui d'eux aimait le mieux, que t'en semble, Lecteur ?
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.
Qu'un ami véritable est une douce chose.
Il cherche vos besoins au fond de votre coeur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même.
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.
V. 2. L'un ne possédait rien qui n'appartînt à, l'autre.
Après ce vers qui dit tout, La Fontaine n'ajoute plus rien. Quelle grâce encore et quelle mesure dans ce mot , dit-on ? Avec moins de goût, un autre poète aurait fait une sortie contre les amis de notre pays: C'est l'art de La Fontaine de faire entendre beaucoup plus qu'il ne dit.
V. 9. Morphée avait touché le seuil de ce palais.
Toujours quelque grand trait de poésie , sans jamais blesser le naturel.
V. 16. J'ai mon épée , allons. . . .
Voici qui paraît bien français, et l'on croirait que nous ne sommes point au Monomotapa.
V. 18.....Voulez-vous qu'on l'appelle ?
Nous ne sommes plus en France : nous voilà dans le fond de l'Afrique.
V. 21. Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu.
Quel sentiment dans ce mot, un peu. La fin de cet Apologue est au-dessus de tout éloge, tout le monde le sait par cœur.
pas notée.
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse. |
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