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Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
Le Villageois et le Serpent.  

Esope conte qu'un Manant,
Charitable autant que peu sage,
Un jour d'Hiver se promenant
A l'entour de son héritage,
Aperçut un Serpent sur la neige étendu,
Transi, gelé, perclus, immobile rendu,
N'ayant pas à vivre un quart d'heure.
Le Villageois le prend, l'emporte en sa demeure,
Et sans considérer quel sera le loyer
D'une action de ce mérite,
Il l'étend le long du foyer,
Le réchauffe, le ressuscite.
L'Animal engourdi sent à peine le chaud,
Que l'âme lui revient avecque la colère.
Il lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt,
Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut
Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père.
Ingrat, dit le Manant, voilà donc mon salaire ?
Tu mourras. A ces mots, plein de juste courroux,
Il vous prend sa cognée, il vous tranche la Bête,
Il fait trois Serpents de deux coups,
Un tronçon, la queue, et la tête.
L'insecte sautillant cherche à se réunir,
Mais il ne put y parvenir.
Il est bon d'être charitable ;
Mais envers qui ? c'est là le point.
Quant aux ingrats, il n'en est point
Qui ne meure enfin misérable.

 



 

Commentaires et analyses par Chamfort . 1796.

V. 2. Charitable autant que peu sage ; Et à la fin,
Il est bon d'être charitable ; Mais envers qui ? c'est là le point.
Voilà ce qu'il fallait peut-être développer. Il fallait faire voir que la bienfaisance qui peut tourner contre nous-mêmes, ou contre la société, est souvent un mal plutôt qu'un bien ; que, pour être louable, elle a besoin d'être éclairée. C'est là la matière d'un bon Prologue. La Fontaine en a fait de charmans sur des sujets moins heureux. Au reste , il n'y a rien à dire à l'exécution de cet Apologue. Le tableau du serpent qui se redresse, le vers
V. 23. Il fait trois serpens de deux coups,
mettent la chose sous les yeux. On pourrait peut-être critiquer, cherche à se réunir, pour dire à réunir les trois portions de son corps ; mais La Fontaine a cherché la précision.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon .1803.

Frappe, déjà sa tête est cachée à tes coups, Tandis que de son corps déchiré sur l'arène, Les cercles déroulés la suivent avec peine.
( Georg. L. III. p. 247)
(5) Il est bon d'être charitable :
Mais envers qui? c'est-là le point. Maxime importante. On lit de même dans nos livres sacrés : Quand vous faites du bien, voyez à qui vous le faites :
si benefeceris , vide cui benefeceris.
II est honorable à la sagesse humaine de se rencontrer dans son lan gage avec la sagesse suprême.
Peur mesurer la distance que La Fontaine a laissée entre lui et ses imitateurs, mettons en regard de cet apologue une des plus jolies fables qui aient été faites dans ce siècle : celle de l'Enfant et du Serpent, par M. Poinsinet le jeune, qui l'a imitée de Lessing. Cette charmante composition pleine de facilité, de mollesse et de philosophie, se trouve dans le Fablier français, page 129. On peut rapporter à ce sujet les fables d'Esope, 276 et 117. Un Berger élève des Louveteaux qui, devenus grands, tuent les Brebis compagnes de leur enfance. — Une Poule a couvé des œufs de Serpents ; à peine éclos, ils dévorent leur nourrice. Imité par Mérard S. Just, Liv. VII. fab. 17.

 

Articles et fabulistes à voir...
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
— Jean de la Fontaine naquit, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Son père était maître des eaux et forêts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir été fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique ; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris1. Mais il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, la suite....

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En publiant le La Fontaine en action, nous n'avons qu'un but, c'est de vulgariser l'admirable morale des maximes du grand fabuliste, en les appuyant d'un exemple qui les fixe plus facilement et plus profondément dans l'esprit des jeunes gens ; c'est en un mot de leur venir en aide pour qu'ils fassent d'eux-mêmes l'application de la règle, et profitent des excellents conseils de cet écrivain immortel. Les exemples choisis, se rapportant pour la plupart aux grands faits historiques , la suite....

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Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

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