Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.
Qu'est-ce qu'une fable ?
Nature de la fable .
Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
On cherche les Rieurs ; et moi je les évite.
Cet art veut sur tout autre un suprême mérite.
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
J'en vais peut-être en une Fable
Introduire un ; peut-être aussi
Que quelqu'un trouvera que j'aurai réussi.
Un Rieur était à la table
D'un Financier ; et n'avait en son coin
Que de petits poissons : tous les gros étaient loin.
Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille,
Et puis il feint à la pareille,
D'écouter leur réponse. On demeura surpris :
Cela suspendit les esprits.
Le Rieur alors d'un ton sage
Dit qu'il craignait qu'un sien ami
Pour les grandes Indes parti,
N'eût depuis un an fait naufrage.
Il s'en informait donc à ce menu fretin :
Mais tous lui répondaient qu'ils n'étaient pas d'un âge
A savoir au vrai son destin ;
Les gros en sauraient davantage.
N'en puis-je donc, Messieurs, un gros interroger ?
De dire si la compagnie
Prit goût à la plaisanterie,
J'en doute ; mais enfin, il les sut engager
A lui servir d'un monstre assez vieux pour lui dire
Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus
Qui n'en étaient pas revenus,
Et que depuis cent ans sous l'abîme avaient vus
Les anciens du vaste empire.
Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
V. 2. Cet art veut , sur tout autre,'un suprême mérite.
Cela est vrai ; et quand on le possède , on n'est pourtant qu'un rieur, un plaisant, et c'est un triste rôle. On dit avec raison : l'honnête homme ne met aucune affiche.
V. 26. J'en doute, etc. ...
Je ne sais pas pourquoi. La plaisanterie n'est point du tout mauvaise , sur-tout dans la bouche d'un de ces hommes que les anciens appelaient parasites.