ux traces de son sang, un vieux hôte des bois,
Renard fin, subtil et matois,
Blessé par des Chasseurs, et tombé dans la fange,
Autrefois attira ce Parasite ailé
Que nous avons mouche appelé.
Il accusait les Dieux, et trouvait fort étrange
Que le Sort à tel point le voulût affliger,
Et le fit aux Mouches manger.
Quoi ! se jeter sur moi, sur moi le plus habile
De tous les Hôtes des Forêts !
Depuis quand les Renards sont-ils un si bon mets ?
Et que me sert ma queue ? Est-ce un poids inutile ?
Va ! le Ciel te confonde, animal importun.
Que ne vis-tu sur le commun ?
Un Hérisson du voisinage,
Dans mes vers nouveau personnage,
Voulut le délivrer de l'importunité
Du Peuple plein d'avidité :
Je les vais de mes dards enfiler par centaines,
Voisin Renard, dit-il, et terminer tes peines.
- Garde-t'en bien, dit l'autre, ami, ne le fais pas ;
Laisse-les, je te prie, achever leurs repas.
Ces animaux sont soûls ; une troupe nouvelle
Viendrait fondre sur moi, plus âpre et plus cruelle.
Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici-bas :
Ceux-ci sont courtisans, ceux-là sont magistrats.
Aristote appliquait cet apologue aux hommes.
Les exemples en sont communs,
Surtout au pays où nous sommes.
Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns.
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : XIIème.
Le sujet de celte fable , dit l'abbé Batteux , est dans Esope.
Aristote la cite dans sa Rhétorique comme un modèle capable de faire juger du goût de l'auteur, et de sa manière énergique d'enseigner.
Princ. de Littér. T. II. p. 39. ) La voici traduite du grec. « Un Renard voulant passer une rivière , tomba dans une fosse bourbeuse. Aussitôt il y fut assailli par une infinité de grosses Mouches, qui le tourmentèrent long-temps. Il passe un Hérisson :
touché de le voir souffrir ainsi : Voulez-vous , lui dit-il , que je vous délivre de ces insectes cruels qui vous dévorent ?
Gardez-vous-en bien, répondit le Renard. Eh pourquoi donc? Parce que celles-ci vont être saoules de mon saug ; et si vous les chassez , il en viendra d'autres plus affamées , qui me suceront ce qui m'en reste." Toutes les fables grecques auroient ce sens profond et cette énergique simplicité, que La Fontaine n'en auroit pas moins les premiers droits à notre admiration , par le charme des détails et la magie du style.
L'allégorie est visible, dit encore le même abbé Batteux. Le Regard représente le peuple foulé par ses magistrats, qui sont eux- mêmes représentés par les Mouches. Le Hérisson représente les accusateurs des magistrats. Le Renard est malheureux; mais il est prudent et patient dans son malheur. Le Hérisson est choisi pour représenter les accusateurs, plutôt que tout autre animal, parce qu'étant hérissé de pointes, il pouvoit blesser en voulant guérir : caractère assez ordinaire aux accusateurs , en pareil cas, qui veulent changer de maître souvent pour régner à leur tour, et peut-être avec plus de dureté que ceux qu'ils accusent. ( Ibid. p.41.)
1) Les exemples en sont communs, Sur-tout au pays où nous sommes. Le peuple, instrument et toujours victime des factions, ne change jamais son état que pour le détériorer. Ces renouvellements de constitution ne peuvent se faire qu'aux dépens de sa fortune et de son sang, parce que le dernier venu a toujours besoin de s'engraisser.
Non parcit populis regnum breve.
Les Compagnons d'Ulysse
Le Chat et les deux Moineaux
Du Thésauriseur et du Singe
Les Deux Chèvres
Le vieux Chat et la jeune Souris
Le Cerf malade
La Chauve-Souris, le Buisson, et le Canard
La Querelle des chiens et des chats, et celle des chats et des souris
Le Loup et le Renard
L'Ecrevisse et sa Fille
L'Aigle et la Pie
Le Milan, le Roi, et le Chasseur
Le Renard, les Mouches, et le Hérisson
L'Amour et la Folie
Le Corbeau, la Gazelle, la Tortue, et le Rat
La Forêt et le Bûcheron
Le Renard, le Loup, et le Cheval
Le Renard et les Poulets d'Inde
Le Singe
Le Philosophe scythe
L'Eléphant et le Singe de Jupiter
Un Fou et un Sage
Le Renard anglais
Le Juge arbitre, l'Hospitalier, et le Solitaire
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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