Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Un renard, jeune encor, quoique des plus madrés,
Vit le premier Cheval qu'il eût vu de sa vie.
Il dit à certain Loup, franc novice : Accourez :
Un animal paît dans nos prés,
Beau, grand ; j'en ai la vue encor toute ravie.
- Est-il plus fort que nous ? dit le Loup en riant.
Fais-moi son Portrait, je te prie.
- Si j'étais quelque Peintre ou quelque Etudiant,
Repartit le Renard, j'avancerais la joie
Que vous aurez en le voyant.
Mais venez. Que sait-on ? peut-être est-ce une proie
Que la Fortune nous envoie.
Ils vont ; et le cheval, qu'à l'herbe on avait mis,
Assez peu curieux de semblables amis,
Fut presque sur le point d'enfiler la venelle.
Seigneur, dit le Renard, vos humbles serviteurs
Apprendraient volontiers comment on vous appelle.
Le Cheval, qui n'était dépourvu de cervelle,
Leur dit : Lisez mon nom, vous le pouvez, Messieurs :
Mon Cordonnier l'a mis autour de ma semelle.
Le Renard s'excusa sur son peu de savoir.
Mes parents, reprit-il, ne m'ont point fait instruire ;
Ils sont pauvres et n'ont qu'un trou pour tout avoir.
Ceux du Loup, gros Messieurs, l'ont fait apprendre à lire.
Le Loup, par ce discours flatté,
S'approcha ; mais sa vanité
Lui coûta quatre dents : le Cheval lui desserre
Un coup ; et haut le pied. Voilà mon Loup par terre
Mal en point, sanglant et gâté.
Frère, dit le Renard, ceci nous justifie
Ce que m'ont dit des gens d'esprit :
Cet animal vous a sur la mâchoire écrit
Que de tout inconnu le Sage se méfie.
Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
V. 1. Un renard jeune encore. . . .
Même défaut dans cet Apologue que dans le précédent. C'est presque la même chose que celui du loup et du cheval ( livre V, fable 8). Il est vrai qu'il a une leçon de plus, celle de la vanité punie.
V. 15..Le loup , par ce discours flatté ,
S'approcha. Mais sa vanité
Lui coula quatre dents , etc. . . L'avantage aussi que La Fontaine a trouvé en introduisant ici un acteur de pins qu'en l'autre , c'est de faire débiter la morale par le renard , au lieu que, dans l'autre fable , le loup se la débite à lui-même , malgré le mauvais état de sa mâchoire.
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.
Le sujet de celte fable est par lui-même très-sérieux ; trop de
pre'cision et d'élégance l'auroient rendue triste et froide : mais égayée par une sorte de familiarité naïve, elle est agréable et riante.
Pas un détail qui ne soit assaisonné d'un enjouement naturel qui
n'est pas une finesse, mais est sans affectation ; qui ne tient point an bel ecprit, et qui fait naître sans cesse le sourire sur les lèvres.
C'est le langage d'un homme simple, d'un bonhomme, si l'on veut,
qui s'élève rarement au-dessus du style ordinaire, sans tomber dans
le style trivial, et dont la simplicité est toujours piquante. Les expressions
les plus communes deviennent les plus plaisantes, par la
manière dont elles sont placées, telles que
Mon Cordonnier l'a mis autour de ma semelle.
Les vieilles locutions , les tours anciens sont si bien fondus avec les
nouveaux, qu'ils ne fout point disparate, et qu'ils forment ensemble
ce style dont la naïveté est le principal caractère ». ( M. Clément,
Journal littér. n°. 10. Octobre, 1796.)
1) Enfiler la venelle. Proverbe populaire, prendre la fuite.
Venelle, petite rue dérobée.
2) Mal en point. Il faut éclaircir cette expression , quoiqn'elle
s'explique d'elle-même par ses conséquents, Sanglant et gâté.
Ce vieux mot est l'inverse de lien en point, qui se trouve pour
triomphant dans les anciens auteurs, tels qu'Olivier de la Marche
( poème du Parement et Triomphe des Dames d'Honneur), et
Louise Labé (Débats de Folie et l'Amour, p. 45 ).
Dans la fable de Régnier, une Lionne fait le rôle du Loup, et le
Loup celui du Renard. On y rencontre quelques traits de cette
bonhomie, de cette malice enjouée, qui composoit le caractère
original de l'ancienne naïveté française. Son plus grand même est
d'avoir offert à La Fontaine un modèle qu'il ne lui a pas été difficile
de surpasser.