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| Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 |
Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami Bouc des plus haut encornés.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
L'autre était passé maître en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits.
Là chacun d'eux se désaltère.
Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,
Le Renard dit au Bouc : Que ferons-nous, compère ?
Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici.
Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi :
Mets-les contre le mur. Le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m'élevant,
A l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t'en tirerai.
- Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n'aurais jamais, quant à moi,
Trouvé ce secret, je l'avoue.
Le Renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l'exhorter à patience.
Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au menton,
Tu n'aurais pas, à la légère,
Descendu dans ce puits. Or, adieu, j'en suis hors.
Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts :
Car pour moi, j'ai certaine affaire
Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin.
En toute chose il faut considérer la fin.
V. 22. Et vous lui fait un beau sermon.
La Fontaine se plaît toujours à développer le caractère du renard, et il le fait sans cesse d'une manière gaie et comique. Les autres fabulistes sont secs auprès de lui.
(2) Des plus haut encornés. La tête chargée de cornes des plus hautes.
(3) La soif les obligea de descendre en un puits. Voilà les acteurs connus, le lieu de la scène bien marqué. Cette exposition donne à la fable un air dramatique.
(4) Après qu'abondamment tous deux en eurent pris. On dit dans le langage familier : prenez-en tout à votre aise,comme on dit s'en donner. Mettez à la place , après qu'ils eurent bien bu : quelle différence ! Abondamment est pittoresque : la marche traînante du vers marque qu'ils, ont bu à longs traits.
(5) Que ferons-nous, compère? Ce titre établit une sorte d'alliance à la faveur de laquelle on doit s'aider l'un l'autre an besoin. C'est de la part du Capitaine un souvenir flatteur pour le Bouc.
(6) Lève tes pieds en haut, etc. Quelle prose auroit les grâces de cette poésie ? et quelle autre poésie que celle de La Fontaine auroit pu se donner ainsi l'aisance de la prose ?
(7) Par ma barbe. Les Orientaux disent : par la barbe d'Ali. La barbe est souvent ce qu'il y a de plus respectable dans certains personnages.
(8) Je Maurois jamais, quant a moi,
Trouvé ce secret, je l'avoue. Cette modestie est d'une naïveté exquise. Hélas! que gagne-t-on à tant d'humilité?
Cette fable est une espèce de tableau en miniature de la société. Dupes ou fripons, voilà les deux classes qui la partagent. Observez qu'ici tout l'avantage et les rieurs sont pour le fripon ; et ne vous étonnez plus que le philosophe J. J. Rousseau accuse la fable de manquer trop souvent de morale.
Bosquillon (Conte de l'Adroit Esclave.)
Ne te souvient-il plus de ce Bouc trop crédule,
Descendu dans un puits pour se désaltérer,
Qui fut par le Renard traité de ridicule,
Pour n'avoir pas prévu l'endroit de s'en tirer ?
Dani la préface de ses fables, La Fontaine fait l'application de cet apologue à Crassus allant combattre les Parthes dans leur pays, sans avoir considéré comment il en sortiroit.
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse. |
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