Origines des fables .

Cette première édition ne comprenoit que les six premiers livres des fables, et celles-ci sont au nombre de 124. On ne s'attend pas, je l'espère, à me voir justifier pour chacune d'elles les raisons qui me déterminent à leur attribuer l'origine que je vais indiquer ; mais, en les réunissant en plusieurs groupes, on pourra raisonnablement admettre que toutes celles qui composent chacun d'eux reconnoissent une source commune, lorsque la plupart présenteront des signes évidents d'imitation. Ésope, Horace et Phèdre sont les trois anciens auteurs dont je crois devoir m'occuper en premier sous le rapport de ces recherches....lire la suite.

 
 

Qu'est-ce qu'une fable ?
   Nature de la fable .   Parmi les critiques, les uns voient dans la Fable principalement une vérité morale proposée à la raison; d'autres la considèrent comme une exhortation au bien, offerte dans un discours allégorique à la volonté ; d'autres enfin en font un tableau poétique, parlant surtout à l'imagination et ayant pour objet le beau idéal. De là une foule de définitions et de règles contraires sur l'apologue , selon qu'on l'envisageait exclusivement à l'un de ces trois points de vue. Lire la suite
 

 

 

 
Jean de La Fontaine

 Fables - Livre 5

Livre cinquième.

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Le Renard ayant la queue coupée
.



Un vieux Renard, mais des plus fins,
Grand croqueur de Poulets, grand preneur de Lapins,
Sentant son Renard d'une lieue,
Fut enfin au piège attrapé.
Par grand hasard en étant échappé,
Non pas franc, car pour gage il y laissa sa queue :
S'étant, dis-je, sauvé sans queue, et tout honteux,
Pour avoir des pareils (comme il était habile),
Un jour que les Renards tenaient conseil entre eux :
Que faisons-nous, dit-il, de ce poids inutile,
Et qui va balayant tous les sentiers fangeux ?
Que nous sert cette queue ? Il faut qu'on se la coupe :
Si l'on me croit, chacun s'y résoudra.
- Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe ;
Mais tournez-vous, de grâce, et l'on vous répondra.
A ces mots, il se fit une telle huée,
Que le pauvre écourté ne put être entendu.
Prétendre ôter la queue eût été temps perdu ;
La mode en fut continuée.








 

Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.


V. 15. Mais tournez-vous de grâce. . .
Molière n'aurait pas dit la chose d'une manière plus comique.
Voici une fable où La Fontaine retrouve ses pinceaux et sapoésie, ce mélange de tours et cette variété de style qui lui est propre. La peinture du travail des servantes , celle de l'instant de leur réveil, sont parfaites. Dans la plupart des éditions, il y a une faute qui défigure le sens , toutes entraient en jeu : il faut lire , vers 7 , tourets entraient au jeu.
Ce sont de petits tours à dévider le fil.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon   sur les fables de La Fontaine... - 1803.


(1) Un vieux Renard. Comme dans la dernière fable du troi sième livre, il a dit du Rat :
C' étoit un vieux routier; il savoit plus d'un tour,
A sa finesse naturelle se joint la longue expérience qu'amènent les années.
(2) Grand croqueur de poulets , grand preneur de lapins, Voila ses exploits : on diroit un général au milieu de ses trophées. Un fabuliste moderne a imité ainsi ce vers :
Un coquin de Renard, grand croqneur de lareaux.
( César de Missy, fab. 20. )
(3) Sentant son Renard d'une lieue. Soit par la terreur qui le devance, soit par son adresse à découvrir au loin le gibier. L'abbé Batteux cite cette description comme un modèle dans la peinture des mœurs ( Princ, de liltér. T. I. pag. 221). Marot, dans sa fameuse épître à François Ier. :
Sentant la hart de cent pas à la ronde.
(4) Que faisons-nous, dit-il, de ce poids inutile ? Il n'a pas osé l'appeler par son nom : précaution oratoire par laquelle il commence par avilir ce qu'il veut supprimer. La Fontaine avoit sous les yeux la fable latine qui dit :
Quid enim . . . cauda tantae longitudinis Prodest? Quò tantum pondus per terram trahis?
(5) Et qui va balayant tous les sentiers fangeux. L'art de la poésie consiste non-seulement à peindre par les sons, mais à répandre de la noblesse et de la pompe sur les objets mêmes qui en paroissent le plus éloignés. Ce double mérite réuni dans ce vers, en fait un des plus beaux de ce recueil. Et qui va balayant. Substituez : qui balaye, la magie a disparu. Va balayant ex prime d'ailleurs une fonction basse. Tous les sentiers fangeux.
La cadence lente et paresseuse de ce vers se fait reconnoitre sur-tout à la déclamation: vous ne le lisez pas, vous le chantez.
(6) Mais tournez-vous, de grâce. Molière n'auroit pas dit la chose d'une manière plus comique.
J. B. Rousseau fait allusion à cette fable, dans ces vers qui commencent la 3è. Epig. du L. II :
Léger de queue, et de ruses chargé,
Maître Renard se proposoit pour règle.






 

 

 



 

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