Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'Ortolans*.
Sur un Tapis de Turquie*
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne* aussitôt ;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.
- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi ;
Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi* du plaisir
Que la crainte peut corrompre
V. 27. Fi. Espèce d'interjection qu'on n'emploie que proverbialement et dans le style très familier.
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.
(1) Autrefois le Rat de ville Invita , etc. Dans Horace, c'est le Rat des champs qui invite le Rat de ville. La Fontaine me paroît avoir mieux saisi les con venances , en donnant au citadin l'initiative de la politesse ; au reste, cette légère différence ne fait rien à la conduite de la fable, ni à la morale du dénouement.
(2) Sur un tapis de Turquie. Ce seul mot suffit à La Fontaine pour donner l'idée la plus étendue de l'appartement où le sybarite a reçu son convive, comme dans le vers précédent il avoit su exprimer la magnificence du festin par ces reliefs d'ortolans, morceaux faits pour la table des Rois.
(3) Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis. Horace fait de son Rat un épicurien qui disserte longuement sur la nature du plaisir et du bonheur. I La Fontaine se contente de donner aux deux hôtes un grand appétit. Il a vu que dans l'apologue la philosophie ne tenoit point école, et n'avoit droit de se montrer que sous le masque et en passant. La fable d'Horace est un chef-d'œuvre sans doute ; celle de La Fontaine n'en est pas moins supérieure , et l'on peut ap pliquer à celle-ci le vers du Lyrique latin : O mat ré pulchrd filia pulchrior !
(4) Fi du plaisir. Cette expression ne paroîtroit triviale qu'à ceux qui perdroient de vue les acteurs de cette jolie scène.
Notes sur la fable.
*ortolans : oiseau très gras et dont la chair est succulente. *Turquie : tapis fabriqués à la Savonnerie ou au Gobelin imitant ceux de Turquie. *en campagne : en mouvement. *fi : exclamation signifiant le mépris, l'aversion. *corrompre : altérer, gâter. La Fontaine nous livre , ici une fable assez impersonnelle.
Horace - sattires -