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Le Pâtre et le Lion.

Les Fables ne sont pas ce qu'elles semblent être.
Le plus simple animal nous y tient lieu de Maître.
Une Morale nue apporte de l'ennui ;
Le conte fait passer le précepte avec lui.
En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire,
Et conter pour conter me semble peu d'affaire.
C'est par cette raison qu'égayant leur esprit,
Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit.
Tous ont fui l'ornement et le trop d'étendue.
On ne voit point chez eux de parole perdue.
Phèdre était si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé.
Esope en moins de mots s'est encore exprimé.
Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique
D'une élégance Laconique.
Il renferme toujours son conte en quatre Vers ;
Bien ou mal, je le laisse à juger aux Experts.
Voyons-le avec Esope en un sujet semblable.
L'un amène un Chasseur, l'autre un Pâtre, en sa Fable.
J'ai suivi leur projet quant à l'événement,
Y cousant en chemin quelque trait seulement.
Voici comme à peu près Esope le raconte.
Un Pâtre à ses brebis trouvant quelque méconte,
Voulut à toute force attraper le Larron.
Il s'en va près d'un antre, et tend à l'environ
Des lacs à prendre Loups, soupçonnant cette engeance.
Avant que partir de ces lieux,
Si tu fais, disait-il, ô Monarque des Dieux,
Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence
Et que je goûte ce plaisir,
Parmi vingt Veaux je veux choisir
Le plus gras, et t'en faire offrande.
A ces mots sort de l'antre un Lion grand et fort.
Le Pâtre se tapit, et dit à demi mort :
Que l'homme ne sait guère, hélas ! ce qu'il demande !
Pour trouver le Larron qui détruit mon troupeau,
Et le voir en ces lacs pris avant que je parte,
O monarque des Dieux, je t'ai promis un veau :
Je te promets un boeuf si tu fais qu'il s'écarte.
C'est ainsi que l'a dit le principal Auteur :
Passons à son imitateur.

 

Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.

Le Pâtre et le Lion - Vers 1. Les fables ne sont pas , etc.. . Voici encore un Prologue , mais moins piquant et moins agréable que celui du livre précédent, cependant on y reconnaît toujours La Fontaine , ne fut-ce qu'à ce joli vers :
V. 6. Et conter pour conter me semble peu d'affaires. Ce vers devrait être la devise de tous ceux qui font des fables et même des contes.
V. 18. L'un amène un chasseur. .... Cette fable et la suivante semblent être la même et n'offrir qu'une seule moralité. II y a cependant des différences à observer. Dans la première c'est un paysan qu'on ne peut accuser que d'imprudence , quand il suppose que sa brebis n'a pu être mangée que par un loup. Il se croit assez fort pour combattre cet animal, et trouve à décompter quand il voit qu'il a affaire à un lion. Il n'en est pas de même de la fable suivante. Celui qui en est le héros sait très bien qu'il va combattre un lion, et cependant il est saisi de frayeur quand il voit le lion paraître. C'est un fanfaron qui l'est, pour ainsi dire , de bonne foi, et en se trompant lui-même. Il convenait, ce me semble, que La Fontaine exprimât cette différence et donnât deux moralités diverses. Le paysan n'est nullement ridicule et le chasseur l'est beaucoup. Je crois que la morale du premier Apologue aurait pu être, connaissez bien la nature du péril dans lequel vous allez vous engager. Et la morale du second : Connaissez-vous vous-même , ne soyez pas votre dupe , et ne vous en rapportez pas au faux instinct d'un courage qui n'est qu'un premier mouvement. Au surplus, l'exécution de ces deux fables est agréable sans avoir rien de bien saillant.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.

( 1) Les fables ne sont pas , etc. En apparence , des jeux d'enfans, des hochets pour l'homme oisif, réellement un cours d'instruction qui s'étend à toutes les conditions comme à toutes les circonstances de la vie.
(2) Une morale nue apporte de l'ennui : Le conte fait passer le précepte avec lui. «Le fabuliste attentif à ménager notre amour-propre par le déguisement de l'instruction, et notre paresse, par la brièveté du récit, nous conduit à la vertu par la main du plaisir : il cache sous des guirlandes de fleurs les épines de la morale ; il parait n'avoir dessein que de nous accuser, et nous lui pardonnons de nous instruire». ( M. l'abbé de La Serre.) (3. Et conter pour conter me semble peu d'affaire. Encore un, de ces vers d'inspiration , comme il y en a tant dans ces fables; mais de ces vers que La Fontaine seul a trouvés.
(4) Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit. Nous avons fait des recherches très étendues sur ces écrivains et leurs ouvrages, pour en composer une Histoire universelle de l'Apologue, dont les derniers évenemens ont suspendu l'impression annoncée en 1788.
(5) Phèdre était si succinct qu'aucun l'en ont blâmé. Il le déclare lui même daus ces termes: Hac exsecutus sum proptereà pluribus, Brevitate nimiâ quoniam quosdam offendimus, « Je me suis livré à plus de détails dans cette fable , parce que l'on a trouvé dans les autres trop de brièveté». ( L. III. fab. II. v. 60. ) Il s'en faut bien que La Fontaine fût aussi sévère.
(6) Mais sur tous certain Grec, etc. Gabrias. C'est de lui que Desbillons a dit qn'il affecte un style précis et serré qui sonvent nuit au sens, le comprime et l'étrangle. (Préf. de ses fab. p. 17.)
(7) Avant que partir. Dites : avant de.



  Des fabulistes et des conteurs :

 
- Fabularum.net
Pour les amoureux de Jean de la Fontaine, un site où vous pourrez lire ses fables en Anglais et en Italien à visiter . Bon surf.

  Jean-Pierre Claris de Florian :   Jean-Pierre Claris de Florian est né à Florian près de Sauve, dans les Cévennes, le 6 mars 1755, perd sa mère très jeune, probablement à l'âge de deux ans.
     Familier du château de Sceaux et protégé de Voltaire (son oncle). Lauréat de l'Académie, le 6 mars 1788, Florian atteignit le sommet de sa gloire en y entrant , remplaçant le cardinal de Luynes.
  Etienne Fumars :
Etienne Fumars, fabuliste français, né près de Marseille, le 22 Octobre 1743, décédé en 1806 à Copenhague. Professeur des belles-lettres françaises à l'Université de Kiel de cette ville. Auteur de fables et de poésies diverses
   Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES :      Marceline DESBORDES-VALMORE (Marceline DESBORDES , dame), femme poète, née à Douai, en 1787 , fut d'abord cantatrice (1806 à 1817) en province et à l'Opéra-Comique.
Devenue auteur, elle a écrit : Élégies et romances (1818), Poésies (1829), les Pleurs (1833), Pauvres fleurs! (1839), Contes en vers (1840), Bouquets et prières (1843). Elle a en outre publié quelques romans et volumes de prose. — Mme Desbordes-Valmore est morte le 23 juillet.
    Marie-Catherine Le Jumel de Barneville : ... est née en 1650 à Barneville. La comtesse d'Aulnoy est l'auteur des contes de fées, contes très agréables. Elle est la fille de Jumel de Barneville. Mariée à contre-coeur à François de la Mothe, comte d'Aulnoy suite à un arangement de famille , elle aura cinq enfants avec lui.
   Son mari, le comte d'Aulnoy fut accusé de lèze-majesté, enfermé et menacé de perdre la tête, avant qu'un de ses trois accusateurs , pris de remords, n'avoua la calomnie. Madame d'Aulnoy doit se réfugier en Angleterre pour fuir la justice. Elle revient en France en 1685.
  La fable : Le Corbeau et le Renard expliquée par Jean-Jacques Rousseau.   Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; de ces cinq ou six je prends pour exemple la première (1) de toutes , parce que c'est celle dont la morale est le plus de tout âge, celle que les enfants saisissent le mieux, celle qu'ils apprennent avec le plus de plaisir, enfin celle que pour cela même l'auteur a mise par préférence à la tête de son livre. lire la suite...
 
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