Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau. ...lire la suite. La Fontaine a mis a la fin de sa
XVe
fable, intitulée : La Mort et le
Malheureux, une note qui
confirme ce fait, sans que
Despréaux
y soit nommé
...lire la suite. Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants. ...lire la suite.
Proverbes.
" Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre." Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore :
Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée :
Petit homme abat grand chêne.
Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire,
c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour
allumer un incendie.
Le Paon se plaignait à Junon :
Déesse, disait-il, ce n'est pas sans raison
Que je me plains, que je murmure :
Le chant dont vous m'avez fait don
Déplaît à toute la Nature ;
Au lieu qu'un Rossignol, chétive créature,
Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
Est lui seul l'honneur du Printemps.
Junon répondit en colère :
Oiseau jaloux, et qui devrais te taire,
Est-ce à toi d'envier la voix du Rossignol,
Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col
Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies ;
Qui te panades, qui déploies
Une si riche queue, et qui semble à nos yeux
La Boutique d'un Lapidaire ?
Est-il quelque oiseau sous les Cieux
Plus que toi capable de plaire ?
Tout animal n'a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités :
Les uns ont la grandeur et la force en partage ;
Le Faucon est léger, l'Aigle plein de courage ;
Le Corbeau sert pour le présage,
La Corneille avertit des malheurs à venir ;
Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de te plaindre, ou bien, pour te punir,
Je t'ôterai ton plumage.
Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
Pa notée.
Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.
(1) Le Paon se plaignoit à Junon. Cette déesse est la protectrice naturelle de l'Oiseau qui lui est consacré. Argus ayant été choisi par elle pour garder Io, que Jupiter, son époux, aimoit, et qui fut changée en Vache ; Mercure l'endormit au son de sa flûte, et le tua par ordre de Jupiter. Junon, pour récompenser la fidélité de son espion, le métamorphosa en Paon, dont les cercles d'or qui paroissent semés sur sa queue sont autant d'yeux.
(2) Déesse, disoit-il. L'apostrophe est brusque. C'est moins par honneur, qu'avec la sécheresse de la plainte, que l'Oiseau mé content adresse cette appellation.
(3) Toi que l'on voit porter, etc. Il y a dans toutes les langues des descriptions de la riche parure du Paon. En connoit-on qui réunisse plus de magnificence à plus de précision? Ce sont pour la variété de ses couleurs, les nuances dé Varc-en-ciei, c'est-à-dire, ce qu'il y a de plus brillant dans k nature : c'est, pour l'éclat de ces mêmes parures, la boutique d'un Lapidaire, c'est-à-dire tout ce que l'art peut étaler de plus somptueux. Observons que ces beaux vers de La Fontaine ne sont pourtant qu'une superbe broderie de ces vers de Phèdre :
Nitor smaragdi collo praefulget tuo , Pictisque plumis gemmeam caudam explicas.
(4) Nous vous avons donné, L'épouse de Jupiter , associée par les privilèges de la couche nuptiale, à la toute-puissance de la majesté suprême , n'a garde d'oublier la part qu'elle eut à ces magnifiques créations. Ainsi Virgile lui fait dire : ego quœ regina Deûm incedo Jovisque et soror et conjux. L'excellence de l'ouvrage et de l'ouvrier relève encore l'injustice de la plainte.