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Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
 Le Lion, le Loup, et le Renard.  

Un Lion décrépit, goutteux, n'en pouvant plus,
Voulait que l'on trouvât remède à la vieillesse :
Alléguer l'impossible aux Rois, c'est un abus.
Celui-ci parmi chaque espèce
Manda des Médecins ; il en est de tous arts :
Médecins au Lion viennent de toutes parts ;
De tous côtés lui vient des donneurs de recettes.
Dans les visites qui sont faites,
Le Renard se dispense, et se tient clos et coi.
Le Loup en fait sa cour, daube au coucher du Roi
Son camarade absent ; le Prince tout à l'heure
Veut qu'on aille enfumer Renard dans sa demeure,
Qu'on le fasse venir. Il vient, est présenté ;
Et, sachant que le Loup lui faisait cette affaire :
Je crains, Sire, dit-il, qu'un rapport peu sincère,
Ne m'ait à mépris imputé
D'avoir différé cet hommage ;
Mais j'étais en pèlerinage ;
Et m'acquittais d'un voeu fait pour votre santé.
Même j'ai vu dans mon voyage
Gens experts et savants ; leur ai dit la langueur
Dont votre Majesté craint à bon droit la suite.
Vous ne manquez que de chaleur :
Le long âge en vous l'a détruite :
D'un Loup écorché vif appliquez-vous la peau
Toute chaude et toute fumante ;
Le secret sans doute en est beau
Pour la nature défaillante.
Messire Loup vous servira,
S'il vous plaît, de robe de chambre.
Le Roi goûte cet avis-là :
On écorche, on taille, on démembre
Messire Loup. Le Monarque en soupa,
Et de sa peau s'enveloppa ;
Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire :
Faites si vous pouvez votre cour sans vous nuire.
Le mal se rend chez vous au quadruple du bien.
Les daubeurs ont leur tour d'une ou d'autre manière :
Vous êtes dans une carrière
Où l'on ne se pardonne rien.



 

Commentaires et analyses par Chamfort . 1796.

V. 5. . . . . Il en est de tous arts.
Je ne sais ce que cela veut dire. Veut-il dire. que , dans toutes les professions , il y a des gens qui se mêlent de médecine ? en ce cas , cela est mal exprimé. Ce n'est pas sa coutume.
V. 10. .... Daube , au coucher du roi,
Son camarade absent
. ...
On dit, sur ce trait, dans l'éloge de La Fontaine: Suis-je dans l'antre du lion ? suis-je à la cour ? On pourrait presque ajouter que. l'illusion se prolonge jusqu'à la fin de cette charmante fable.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon .1803.

(1) Un Lion décrépit, goutteux, n'en pouvant plus. L'harmonie est la langue naturelle de la poésie. Jamais La Fontaine ne manque de donner à son rithme la marche , et pour ainsi dire, l'attitude de la nature. Dans la fable du Vieillard et la Mort :
Enfin n'en pouvant phis d'efforts et de donleur.
(2) Alléguer l'impossible aux rois, c'est un abus. Abus n'est pas le mot. L'abus est dans le vice qu'on reprend, et non dans la censure arôme indiscrète qui reprend. Au reste, cette observation délicate prouve que La Fontaine avoit étudié la politique, et qu'il connoissoit à fond les hommes. Cette fable toute entière , surtout dans la morale qui la termine, en est un témoignage admirable.
(3) Manda des Médecins, il en est de tous arts. Parce qu'il n'est rien dans la nature qui n'ait ses maladies , ou ses vices, auxquels il faut apporter remède. Médecin, de mederi, remédier.
(4) Lui vient des donneurs de recettes. On. dira bien : il lui rient; l'article alors sert de nominatif. Autrement où y en a-t-il ? — Cet air négligé, dit Qicéron, a je ne sais quoi de gracieux, en ce qu'il nous montre nn homme plus occupé des choses que des. paroles. (L'orateur, n. 23)
(5) Se tient clos et coi. Tranquille : autrefois on disoit quoi; de quietus , en repos. Nous Avons déjà vu ce mot, fréquent dans les anciens fabliaux : Si tous me volüez enquerre.
Pourquoi demoroit en la terre
Si volontiers , et tenoit quoi,
Bien vous dirai; raison pourquoi.
( Lai d'Aristote , manusc. du Roi, n°. 7318. )
(6) Daube, au coucher du roi,
Son camarade absent. Un moderne fabuliste a dit :
Au grand gala de la cour du Lion,
On fit tomber la conversation
Sur les vertus, les talens, les prouesses
Des courtisans de toutes les espèces;
On se dauba , chacun modestement fit son éloge, et rendit la satyre.
( Le Jeune ; Fables nouv. en 1765. Liv. I. f. 9. )
Ce commentaire est joli ; la seule expression du bon La Fontaine vant mieux. MM. de la Harpe et Champfort se sont rencontrés dans le jugement qu'ils portent de ces vers. Suis -je dans l'antre du Lion fis-je à la cour? — L'expression dauber, bannie du style noble , se montre fréquemment avant. La Fontaine dans le style familier. « Tappez , daubez, frappez, je vous en prie. ... Il étoit bien nécessaire que M. Leroy me daubast ainsi, ma bonne femme d'eschisne : ce sont petites caresses nuptiales » Rabelais (Pantagr. L. IV. ch. 12. et ch. 15. )
(7) D'un Loup écorché vif appliquez-vous la peau. Dans Rabelais , frère Jean donne un conseil semblable, " Laissez - moi cet manteaux de Loup, et faictes écorcher Panurge, et de sa peau couvrez-vous. (L. IV. ch. 24. T. IV. p. 107.) Le roman du Renard (ou Procès des Bêtes) , si célèbre dans les anciennes littératures, avoit été pour Rabelais et pour notre fabuliste, un canevas commun sur. lequel ils ont fait leurs ricbes broderies. (8) Mes sire Loup vous servira, S'il vous plaît, de robe de chambre. Ces vers deviennent redondant et inutiles. Souvent trop d'abondance appauvrit la matière, a dit Boileau dans son Art poétique.

 

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Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
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Franc-Nohain:
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Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

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