Jean de la Fontaine   Sa vie     Fables    Contes   Proverbes    Théatre    Poésies    Epitaphe 
Les 12 livres de Jean de la Fontaine : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12
 Le Lièvre et la Tortue. 

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Le Lièvre et la Tortue analysée par B. Van Hollebeke. ICI



 
Fables liées :
Esope : Du Lièvre et de la Tortue.
Loqman : La Tortue et le Lièvre
.
Charles Perrault : Le Lièvre et la Tortue.

Commentaires et analyses par Chamfort . 1796.

V. 7. Avec quatre grains d'ellébore.
C'était l'herbe avec laquelle on traitait la folie. Cette plante a perdu chez nous cette propriété.
V. 25. Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. . . .
Toujours la vanité.
V. 31. Furent vains. . . La coupe de ce vers et ce monosyllabe au troisième pied, expriment à merveille l'inutilité de l'effort que fait le lièvre.
V. 54. ... Et que serait-ce Si vous portiez une maison?
Trait admirable ; la tortue non contente d'être victorieuse, brave encore le vaincu. C'est dans la joie qui suit un avantage remporté, que l'amour-propre s'épanche plus librement. La nature est ainsi faite chez les tortues et chez les hommes. Louez une jolie pièce de vers,il est bien rare que l'auteur n'ajoute , je n'ai mis qu'une heure, un jour , plus ou moins ; et s'il s'abstient de dire cette sottise, c'est qu'il y réfléchit, c'est qu'il remporte une victoire sur lui-même, c'est qu'il craint le ridicule.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon .1803.

(1) Ma commère , il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore. Ma commère, expression de familiarité et de dédain , telle qu'on l'adresse à une folle, à une radoteuse. Vous purger.... d'ellébore. L'ellébore est une herbe mé dicinale très-commune à Antieyre , que l'on feroit propre a guérir la folie! De là ces invitations proverbiales : allez à Antycire, prenez de l'ellébore. Horace ( Sat. III. v. 82 ) : «D'abord je dis qu'on ne sauroit donner une dose trop forte d'ellébore aux avares : je ne sais même s'il ne seroit point à propos de leur réserver tout ce qu'en produit Antycire». La Fontaine n'en veut que Quatre grains ; mais la dose est déjà un peu forte. C'est que le médecin croit la cure difficile.
(2) Enjeux. Ce que les joueurs avancent pour être le prix du gagnant.
(3) Les renvoie aux Calendes. C'est-à-dire, aux Calendes grecques, terme indéfini par lequel le débiteur se libère de son créancier : il n'y a pas plus de calendes grecques que de semaine à trois jeudis : double expression proverbiale usitée par Rabelais et les anciens auteurs.
(4) Leur fait arpenter les landes. Les égare dans des terres Stériles, hérissées d'inégalités qui les fatiguent.
(5) Pour écouter d'où vient le vent. Expression populaire, pour marquer le désœuvrement et l' insouciance.
(6) Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard, etc. L'enjambement d'un vers sur l'autre, que la poésie proscrit par-tout ailleurs, est non seulement toléré dans la fable, mais il paroît y faire beauté : c'est sans doute parce que cette manière aisée d'étendre et de placer ce qu'on a à dire conserve à la fable cette aisance , cette liberté qui en font le carac tère distinctif ( Dardenne ). Et il cite cet exemple. Discours prélim. page 42.
(7) Avois-je pas raison ? au lieu de n'avois-je pas raison ? Il y a bien des cas où il faut retrancher pas de la négation: je n'en vois point où il soit permis d'ôter ne dans une interrogation.
(8) Si vous portiez une maison ? Non contente d'être victo rieuse , elle brave encore le vaincu. Cela est parfaitement dans la nature.

 

Articles et fabulistes à voir...
Portrait biographique de Jean de La Fontaine . Sa jeunesse.
— Jean de la Fontaine naquit, le 8 juillet 1621, à Château-Thierry. Son père était maître des eaux et forêts, et sa mère, Françoise Pidoux, fille d'un bailli de Coulommiers. Son éducation paraît avoir été fort négligée; on lui laissait lire, à l'aventure, tout ce qui lui tombait sous la main; et, de bonne heure, il prit l'habitude d'obéir à son caprice ou aux impressions du moment. Quelques livres de piété prêtés par un chanoine de Soissons ayant ému son imagination, il crut d'abord qu'il avait du goût pour l'état ecclésiastique ; et, vers sa vingtième année, il entrait à l'institut de l'Oratoire, puis au séminaire de Saint-Magloire, à Paris1. Mais il s'aperçut vite de sa méprise, et en 1641 revint chez son père, la suite....

La continuation des Mille et une Nuits.
Avant de parler de la continuation des Mille et une Nuits qu’on publie aujourd’hui, il est nécessaire de dire quelque chose de l’original arabe, et de la partie déjà traduite par M. Galland.
Les manuscrits complets des Mille et une Nuits sont rares, non-seulement en Europe, mais même en Orient ; et tous ne se ressemblent pas exactement. La Bibliothèque Impériale de Paris possède deux exemplaires des Mille et une Nuits, qui sont tous deux fort incomplets. la suite ...

La Moralité de chaque Fable de La Fontaine développée et prouvée par un trait historique ou biographique.
En publiant le La Fontaine en action, nous n'avons qu'un but, c'est de vulgariser l'admirable morale des maximes du grand fabuliste, en les appuyant d'un exemple qui les fixe plus facilement et plus profondément dans l'esprit des jeunes gens ; c'est en un mot de leur venir en aide pour qu'ils fassent d'eux-mêmes l'application de la règle, et profitent des excellents conseils de cet écrivain immortel. Les exemples choisis, se rapportant pour la plupart aux grands faits historiques , la suite....

Origine des fables de Jean de la Fontaine.
Je n'hésiterais donc pas à regarder comme empruntés par La Fontaine tous les sujets qu'il renferme et que l'on retrouve dans les six premiers livres de notre fabuliste, si Phèdre et Horace n'en réclamaient pas un certain nombre : ce n'est pas sans balancer que j'indique les quatre fables suivantes comme ayant leurs sources dans les satires et dans les épîtres du lyrique latin.. la suite....

Franc-Nohain:
Maurice Étienne Legrand, dit Franc-Nohain, né le 25 octobre 1872 à Corbigny et mort le 18 octobre 1934 à Paris, avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, poète.
Il choisit Nohain comme nom en hommage au cours d'eau traversant Donzy, lieu de ses vacances d'enfance. Avec André Gide et Pierre Louÿs , il fonde "Potache revue" la suite.... .

blog comments powered by    
 

Website templates