Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?
Le Lièvre et la Tortue analysée par B. Van Hollebeke. ICI
- analyses par Chamfort 1796.
- Commentaires MNS Guillon 1803.
- Livre : VIe. La Fontaine.
C'était l'herbe avec laquelle on traitait la folie. Cette plante a perdu chez nous cette propriété.
V. 25. Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. . . .
Toujours la vanité.
V. 31. Furent vains. . . La coupe de ce vers et ce monosyllabe au troisième pied, expriment à merveille l'inutilité de l'effort que fait le lièvre.
V. 54. ... Et que serait-ce Si vous portiez une maison?
Trait admirable ; la tortue non contente d'être victorieuse, brave encore le vaincu. C'est dans la joie qui suit un avantage remporté, que l'amour-propre s'épanche plus librement. La nature est ainsi faite chez les tortues et chez les hommes. Louez une jolie pièce de vers,il est bien rare que l'auteur n'ajoute , je n'ai mis qu'une heure, un jour , plus ou moins ; et s'il s'abstient de dire cette sottise, c'est qu'il y réfléchit, c'est qu'il remporte une victoire sur lui-même, c'est qu'il craint le ridicule.
Avec quatre grains d'ellébore. Ma commère, expression de familiarité et de dédain , telle qu'on l'adresse à une folle, à une radoteuse. Vous purger.... d'ellébore. L'ellébore est une herbe mé dicinale très-commune à Antieyre , que l'on feroit propre a guérir la folie! De là ces invitations proverbiales : allez à Antycire, prenez de l'ellébore. Horace ( Sat. III. v. 82 ) : «D'abord je dis qu'on ne sauroit donner une dose trop forte d'ellébore aux avares : je ne sais même s'il ne seroit point à propos de leur réserver tout ce qu'en produit Antycire». La Fontaine n'en veut que Quatre grains ; mais la dose est déjà un peu forte. C'est que le médecin croit la cure difficile.
(2) Enjeux. Ce que les joueurs avancent pour être le prix du gagnant.
(3) Les renvoie aux Calendes. C'est-à-dire, aux Calendes grecques, terme indéfini par lequel le débiteur se libère de son créancier : il n'y a pas plus de calendes grecques que de semaine à trois jeudis : double expression proverbiale usitée par Rabelais et les anciens auteurs.
(4) Leur fait arpenter les landes. Les égare dans des terres Stériles, hérissées d'inégalités qui les fatiguent.
(5) Pour écouter d'où vient le vent. Expression populaire, pour marquer le désœuvrement et l' insouciance.
(6) Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard, etc. L'enjambement d'un vers sur l'autre, que la poésie proscrit par-tout ailleurs, est non seulement toléré dans la fable, mais il paroît y faire beauté : c'est sans doute parce que cette manière aisée d'étendre et de placer ce qu'on a à dire conserve à la fable cette aisance , cette liberté qui en font le carac tère distinctif ( Dardenne ). Et il cite cet exemple. Discours prélim. page 42.
(7) Avois-je pas raison ? au lieu de n'avois-je pas raison ? Il y a bien des cas où il faut retrancher pas de la négation: je n'en vois point où il soit permis d'ôter ne dans une interrogation.
(8) Si vous portiez une maison ? Non contente d'être victo rieuse , elle brave encore le vaincu. Cela est parfaitement dans la nature.
Le Lion et le Chasseur
Phébus et Borée
Jupiter et le Métayer
Le Cochet, le Chat, et le Souriceau
Le Renard, le Singe, et les Animaux
Le Mulet se vantant de sa généalogie
Le Vieillard et l'Ane
Le Cerf se voyant dans l'eau
Le Lièvre et la Tortue
L'Ane et ses Maîtres
Le Soleil et les Grenouilles
Le Villageois et le Serpent
Le Lion malade et le Renard
L'oiseleur, l'Autour, et l'Alouette
Le Cheval et l'Ane
Le Chien qui lâche sa proie pour l'ombre
Le Chartier embourbé
Le Charlatan
La Discorde
La Jeune Veuve
Epilogue
Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
Fabulistes.net a été créé pour mettre en parallèle les fables de ces deux auteurs, et pour se rendre compte de l'incontestable contribution d'Esope, à la "FABLE" et aux "FABULISTES". - voir le site de fabulistes.net.














