n Paon muait ; un Geai prit son plumage ;
Puis après se l'accommoda ;
Puis parmi d'autres Paons tout fier se panada,
Croyant être un beau personnage.
Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué,
Berné, sifflé, moqué, joué,
Et par Messieurs les Paons plumé d'étrange sorte ;
Même vers ses pareils s'étant réfugié,
Il fut par eux mis à la porte.
Il est assez de geais à deux pieds comme lui,
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui, Et que l'on nomme plagiaires.
Je m'en tais ; et ne veux leur causer nul ennui :
Ce ne sont pas là mes affaires.
- Analyses : Chamfort 1796
- MSN. Guillon 1803.
- Livre : IVème.
V. 1. Un paon muait, un geai prit son plumage , etc.
Esope met une corneille au lieu d'un geai : la corneille valait mieux, attendu qu'elle est toute noire ; sa fantaisie de se parer des plumes du paon n'en était que plus ridicule , et sa prétention plus absurde. C'est Phèdre qui a substitué le geai à la corneille , et La Fontaine a suivi ce changement, qui ne me paraît pas heureux.
Lesseing, fabuliste allemand , a fait une fable où il suppose que les autres oiseaux, en ôtant au geai les plumes du paon, lui arrachent aussi les siennes : c'est, ce qui arrive à tous les plagiaires.
On finit par leur ôter même ce qui leur appartient.
(1) Se panada. C'est le terme propre. Panader, faire le paon.
(2) . . . . Il se vit baffoué,
Berné, sifflé, moqué, joué. Cette accumulation de termes , dont aucun n'est synonyme, marque les vengeances diverses auxquelles il est en proie. L'impudence et le vol sont bafouée. La lourde stupidité est bernée ( voyez dans Don Quichotte, comment on berna le pauvre Sancho Pança). On siffle la sottise prétentions ( la Judith de Boyer, sifflée). On se moque de la vaine gloire. On joue, on parodie celui qui veut paroitre ce qu'il n'est pas. C'est de toutes les insultes la plus cruelle, celle qui blesse le plus directement l'amour-propre.
J. B. Rousseau :
Et tout leur, saoul l'ayant berné, hué,
Croquinolé, souffleté, conspué,
Pour dernier trait son masque lui reprirent.
(L. I. Allég. II, p, 132.) (3) Il est assez de Geais à deux pieds comme lui, Mais Geais d'une autre espèce. Il va plus d'adresse à le laisser deviner au lecteur.
C'est à cette fable qu'Horace fait allusion, pour engager le poète Celsus à faire usage de ses propres richesses, et à ne pas se parer de celles que contenoit la bibliothèque palatine d'Auguste, de peur, dit-il, que si les oiseaux venoient en foule reprendre leurs plumes, la Corneille, dépouillée de ces parures empruntées, devienne la risée commune:
Ne si forte suas repetitum venerit olim
Grex avium plumas, moveat Cornicula risum.
(Epist. L. I. ép. -2. v. 18.)
C'est encore dans le même sens que Piron appelle M. de Voltaire le Geai du Paon. M. Lessing ne se contente pas de faire arracher au Plagiaire ses plumes d'emprunt: " Les Paons appercevant sur le dos de la Corneille quelques plumes luisantes de ses ailes, les lui enlèvent à coups de bec : celles-là même, ajoutent-ils, ne sauroient être à toi».
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Commentaires et analyses des fables : Chamfort et Mns. Guillon -
Illustrées par J.J. Granville.
A lire "les origines des fables de La Fontaine par : A. C. M. Rober ."
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